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J’envie le ton, parfois léger, d’autres blogs: évidemment ils sont rarement libanais!!! Chez les Libanais, l’humour est souvent grinçant, nostalgique, amer (Heuristiques ou Lettres du Liban ou encore Les carnets du Beyrouthin sont les premiers exemples qui me viennent à l’esprit).

Etre Libanais ou plutôt: vivre au Liban et marcher le coeur léger… autour de moi, dans les journaux, dans les radios il est difficile d’accoler ces mots malgré la réputation des étés libanais!!! – du moins depuis quelques années… depuis quand?

J’essaie de me souvenir: je suis venue vivre dans ce pays au milieu des années 1990, en pleine période de « reconstruction » de l’après-guerre. La reconstruction : on en parlait au quotidien, nous la vivions puisque nous faisions partie de la génération des « reconstructeurs ». Nous avions vraiment l’impression de participer à remettre le pays sur ses pieds, malgré les difficultés de chaque jour… Le centre de  Beyrouth en chantier, les grands travaux d’infrastructures avec la fameuse polémique : le béton avant l’homme ou bien l’homme avant le béton? Et puis l’électricité faiblement distribuée, le réseau téléphonique en cours de modernisation sans oublier toute l’infrastructure du pays, à refaire. Et surtout  Israël qui ne lâchait pas le morceau, une attaque militaire meurtrière en 1993 puis à nouveau 1996, opération « les raisins de la colère » avec en prime le blocus de Saida, des bombardements et des destructions (le massacre de Qana où ont péri des militaires de la Finul dans un camp censé les protéger, eux et les dizaines de femmes et enfants réfugiés)…

Après cette guerre il y a eu une période assez « légère », les festivals et spectacles redémarraient partout même au sud du pays, les projets de modernisation et de reconstruction tous azimuts redoublaient, le Liban revivait…

Au retrait définitif de l’armée israélienne du sud, en mai 2000, le pays était en liesse.

Grâce à la résistance, à sa résistance, le tout petit Liban s’est cru pendant un moment INVINCIBLE. Rendez-vous compte: « nous » avions vaincu la plus grande armée de la région, la plus meurtrière, la plus inhumaine, la plus, la plus… Nous avons vécu sur un petit nuage, la guerre est finie, nous sommes tous des résistants, nous allons faire de ce pays un miracle, les gens sortaient enfin de leurs « bases » géographiques et visitaient, découvraient leur (minuscule) pays, leurs concitoyens d’autres régions, villes, confessions.

Nous commencions à nous prendre pour une vraie nation!

Et puis je ne saurais dire ce qui s’est passé, comment (ou plutôt, pourquoi) à nouveau, nous avons replongé. D’abord progressivement et ensuite de la plus brutale des façons, un 14 février 2005, le jour dit des amoureux.

En guise de témoignage de cette sorte d’incapacité à être heureux, du moins léger au Liban – par la force d’événements dramatiques qui organisent notre quotidien depuis ce funeste 14 février 2005 – , je transcrits ici cette note écrite un certain 19 octobre 2012.

19 octobre 2012 : comme en février 2005

Je n’ai pas voulu croire l’information lorsque le nom de Wissam al Hassan commençait à être répété dans toutes les radios et télés, un peu avant 19 h ce soir-là. Comme un retour au 14 février 2005: c’était la première image qui m’a traversée l’esprit, le cratère de l’explosion, les voitures brûlant encore sur les écrans, les cris des civils, les sirènes des secouristes… et surtout, l’incrédulité.

Je n’ai pas voulu y croire, mesurant par réflexe l’importance de l’événement. Et puis après…comme en 2005, même si de manière beaucoup moins « chargée »:

– le pays (une partie du pays) qui se fige et par endroits exprime sa colère (routes barrées, pneus brûlés)

– des autorités officielles inaudibles, au sens propre comme au figuré

– des réactions toutes attendues, de la part des différents bords politiques. Avec pour couronnement, une tablée, pardon une assemblée du « 14 mars » au domicile de Hariri (Bayt al Wasat) rameutée, rappelée en renfort devant les caméras jusque dans ses visages les plus inconnus du commun des habitants pour « réclamer », « exiger », « refuser », etc. etc.

Rien que du déjà vu, déjà entendu.

La population  (le « peuple »)  est orpheline : non pas de chefs, de « responsables » mais d’un Etat unificateur, d’une véritable ligne de conduite collective. De ce qu’on appelle un projet national unificateur.

Nous nous retrouvons une fois de plus à une croisée de chemins.

Pays schizophrène, trop mal entouré, trop mal né… je suis fatiguée d’essayer de comprendre.

Nous sommes aujourd’hui le 10 avril 2013 : les journaux rapportent une nouvelle très grave (au milieu des chamailleries habituelles des hommes politiques pour le partage des portefeuilles du prochain gouvernement Salam). Jabaat Al Nosra a envoyé une lettre de menaces au Hezbollah, dans un quartier de Dahiyé, banlieue sud de Beyrouth.

Cette information est lourde si elle est confirmée: comment donc s’en aller marcher, d’un pas léger…?

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