Mots-clefs

, , ,

Une précision s’impose, dans ce blog qui démarre avec des textes assez négatifs et sombres j’en conviens : le pronom personnel singulier « je » que j’utilise est à comprendre très souvent au pluriel : je = nous, citoyens libanais.

Oui la guerre libanaise ne s’est pas arrêtée: elle est en nous, elle est dans la tête des gens. Des psychiatres devraient se pencher sur nos cas, ils comprendraient qu’elle « opère » comme (dans) un rite de passage, d’une génération à l’autre.

C’est de cette façon que j’essaie de comprendre cette impression étrange qui ne me quitte pas: je me sens « incarner » le Liban, ressentir en moi les dérives, contradictions et profonds désarrois de ce pays – et je tente ici de les traduire en mots.

Une évidence s’impose à moi, en ces jours de « rounds » de violence entre les quartiers de Bab Tebbaneh et Jabal Mohsen, en ces jours d’otages et de « contre-otages », de rumeurs de prorogation du mandat des députés, de report des élections etc etc. Longtemps, très longtemps, je me suis demandée comment les gens ont pu vivre la guerre, supporter un climat continu d’instabilité et d’incertitudes. Je ne me suis pas rendue compte que je vivais dedans, que nous étions toujours en plein dedans – dans l’incivilité au quotidien! Dans « la guerre ». Evidemment elle ne s’est jamais effacée dans les têtes, elle survit de génération en génération, comme accompagnée (relayée?) par les générations d’hommes politiques issus des « grandes » familles, là où le flambeau passe du père au fils, au frère, à la soeur, au gendre…

A l’école les programmes d’histoire s’arrêtent bien avant 1975, comme un déni du conflit intérieur. Les historiens, les politiciens ne s’accordent pas sur ce qui pourrait être, devrait être un passé commun : s’il n’existe donc ni une histoire commune, ni un passé commun possible, comment imaginer un avenir unifié, pour ces générations qui grandissent avec pour repères essentiels leur confession, leur communauté, leur quartier, leur région, leurs zouamas (notables politico-confessionnels) et non pas leur Etat?!

Nous sommes, au mieux, comme en 1975.

Dans deux jours, c’est le 13 Avril : c’est la date reconnue comme marquant le début de la guerre au Liban. Or ce jour-là, tout le monde travaille dans le pays: ce n’est pas un jour férié, destiné à se souvenir et à dire « plus jamais ça ». Non pas du tout, les 13 avril au Liban on est occupés à travailler – à « vivre, comme d’habitude ».

Deux ouvrages sont importants à rappeler ici, en lien avec le thème de ce message, deux ouvrages dont je ferai une présentation : le livre de Nayla HACHEM (écrit avec la collaboration de Hyam YARED): Beyrouth, comme si l’oubli… (édition Zellige, 2012) Et l’ouvrage collectif, sous la direction de Franck MERMIER et Christophe VARIN, Mémoires de guerres au Liban (1975-1990) aux éditions Actes Sud/Sindbad (2010)

Publicités