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 « Tout augmente dans ce pays, tout sauf la valeur de la vie humaine… elle est la seule à baisser au Liban« 

Qui n’a pas entendu cette phrase dans la période récente? Je ne suis pas analyste politique, encore une fois je constate, j’écoute et je ressens comme tout habitant de ce pays. J’essaie de donner à voir les événements du point de vue des gens dans un pays où, au-delà des actions ponctuelles et des prises de position de la société civile (ONG, mouvements associatifs divers), les individus-citoyens ont beaucoup de mal à exister, à trouver des canaux pour s’exprimer.

Nous sommes une société de familles, de clans familiaux et de clans confessionnels et politiques organisés sur le territoire. Les problèmes du quotidien sont criants (électricité, eau, état des routes, corruption à tous les étages, etc.) mais il n’existe pas de protestation organisée, pas d’actions civiles organisées à grande échelle: tout mouvement bute sur le même mur, invisible mais implacable d’efficacité, le mur de la confession.  Où en est le mouvement contre le confessionalisme au Liban? Remisé bien sûr. Le Liban est malade de ses confessions: il est miné par ses confessions et chefs de confessions politiques depuis des décennies, « en gros » depuis que ce pays essaie d’exister, d’une guerre « civile » à l’autre. Un militant de Tripoli, Shadi NACHABE, témoigne à travers son activisme pour le cas de la grande ville du Nord. Ces gens de la société civile sont nombreux mais tant qu’ils n’ont pas les relais politiques « efficaces », leur voix reste malheureusement peu audible.

« Oui mais elle tourne! » : oui mais le Liban fonctionne quand même, à la va comme je te pousse mais il fonctionne! Sami ATTALAH souligne très bien cet état de fait dans le domaine  ô combien « stratégique » de la recherche d’emploi au Liban.

Liban, pays de toutes les contradictions!

Ses banques sont excédentaires, ses universités (publiques et privées) sont nombreuses et pour toutes les bourses et confessions, son administration publique est pléthorique et il y en a pour toutes les mouvances politico-confessionnelles [par contre-coup, la société privée de services postaux et administratifs les plus divers Liban-Post est devenue un véritable Sérail – Préfecture bis, en bien plus efficace!], ses écoles sont là pour toutes les bourses et confessions et lectures possibles de l’histoire, ses hôpitaux privés sont nombreux et ont un fonctionnement mafieux le plus souvent, ses camps de réfugiés pour les personnes d’origine palestinienne trop pauvres pour aller ailleurs, ses prisons sont surpeuplées et d’un autre âge, son réseau électrique est « étonnant », idem pour le réseau de téléphonie mobile, internet, eau, routes… Ah oui il fonctionne ce pays!

Que nous manque – t – il donc pour être heureux, par quoi commencer?! D’abord et avant tout, finissons donc notre guerre contre nous-mêmes! En d’autres mots, retrouvons-nous nous autres citoyens autour d’une table – sans déléguer cette action majeure aux chefs de clans politiques-communautaires, ces anciens protagonistes de la guerre – et parlons ensemble, trouvons une manière civique, civilisée de nous regarder et nous parler!  [voir entre autres ONG, Indyact].

La fameuse et officielle Table de dialogue (tawlat-al hiwar) créée en grandes pompes en 2005 est bloquée et n’aboutira à rien de concret. En outre, c’est Walid Joumblatt lui-même qui l’a reconnu lors d’un entretien télévisé sur la LBCI avec le journaliste Marcel Ghanem, au plus fort du soulèvement de 2005 : « Nous autres, anciens chefs de guerre, ne devrions plus être là, nous devrions logiquement être dans les poubelles de l’histoire!« 

« Une loi d‘amnistie, adoptée en août 1991, recouvre d‘une chape de silence les crimes de guerre et les crimes contre l‘humanité perpétrés au long de la guerre » : ce sont les derniers mots, éloquents, d’Elizabeth PICARD dans un article résumant la suite de tueries qu’a été la guerre civile au Liban.

Que dire de plus?

Nous avons, encore une fois, à nous accorder sur un passé commun pour pouvoir élaborer une vision commune de la vie collective : la vision commune d’un avenir en commun. Ces mots-là sont simples, archi-connus, dits et redits mille fois. Reste à savoir comment les appliquer et surtout, réunir les interlocuteurs qui acceptent de se mettre ensemble, discuter, trouver ensemble une formule de vie commune… et l’appliquer. Il faut, il faudrait tout simplement faire la paix au Liban!  Tel est le titre d’un travail de réflexion à encourager: « Les itinéraires manqués. Pour faire la paix au Liban« , de Peter GERMANOS et Camille GERMANOS (2012, éd. l’Orient des Livres).

Je me situe à contre-courant du politiquement correct Liban en paix et en reconstruction, Liban des touristes, des festivals, marathons et autres manifestations culturelles; cela ne veut pas dire que je suis contre ces manifestations de vie, bien au contraire! Que les théâtres proposent des spectacles originaux et très diversifiés, que les artistes et intellectuels libanais continuent de s’exprimer, que les organisateurs de festivals continuent de préparer les étés libanais chroniquement incertains sont des actions courageuses et absolument indispensables de lutte pour que ce pays continue à être vivant et productif contre les vents et les marées de tous les types de censure en cours. Parmi les plus récents actes de censure, comment ne pas relever la fermeture d’une boîte de nuit acceptant les homosexuels et l’interdiction du dernier film de Ziad Doueri (une censure ô combien ridicule, à l’ère d’internet)?

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