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هذه وصيتي في حال قضيت بأحد انفجارات لبنان

Je propose ci-après une version traduite en français de ce texte: j’aurai aimé l’avoir écrit – et c’est tout comme, l’essentiel étant le contenu, écrit au nom des gens de ce pays.

Précision utile: je ne connais absolument pas de manière personnelle l’auteur, le journaliste Mohanad Hage-Ali. J’ai découvert il y a peu de temps son blog, par les hasards de l’internet.

Voici donc ma propre traduction, que les puristes de la langue arabe pardonnent mes erreurs – et proposent  (eux-mêmes et l’auteur!) leurs corrections!

J’endosse, sur le fond, cette lettre-testament au nom des civils libanais bien que je voudrai relever un point (évident?): tout civil n’est pas forcément innocent sinon la guerre n’aurait pas passé, comme elle est en train de le faire, la barrière des générations. Montrer du doigt la classe politique libanaise, oui; mais « le peuple » n’est pas entièrement innocent. En dehors du fait qu’il a trop souvent et trop aisément constitué  la « chair à canon » – et cela jusqu’à nos jours, il nous faut reconnaître qu’il  a porté et porte toujours les armes contre ses concitoyens (c’est-à-dire contre lui-même!), au nom de causes diverses et variées qui ont fluctué au cours du temps, selon ses maîtres divers et successifs.

Nous devons donc nous aussi nous remettre en question, dans nos attitudes, notre regard généralisateur et ignorant envers l’autre qui n’est pas « comme nous » ou « bien de chez nous » etc. Et qui sommes-« nous » nous-mêmes, que signifie le « chez nous » : vastes interrogations!

Traduction de la Lettre:

CECI EST MON TESTAMENT AU CAS OÙ JE MEURS DANS UN ATTENTAT AU LIBAN – Mohanad HAGE-ALI

« Quelques heures après avoir regardé les télévisions libanaises avec ce que cela signifie d’embrigadement des sentiments et d’incitations et après avoir passé en revue les discours des hommes politiques libanais du 8 et du 14 mars, j’ai décidé d’écrire ce testament au cas où, par malheur bien sûr, je devais faire partie des victimes d’un nouvel attentat.

J’aimerai que tous ceux et toutes celles qui partagent mon avis inscrivent leur nom dans le carré destiné aux commentaires afin de constituer une pétition. Chacun peut demander des amendements au texte:

Premièrement, puisque j’ignore qui est responsable de ma mort et étant donné que toutes les parties et forces politiques sont coupables soit directement soit par le biais de leurs alliés, je considère que l’identité du coupable est générale, qu’elle est liée à l’utilisation de la violence par les forces politiques et à l’absence de justice.

Ainsi, moi la victime je fais partie des plus de 100.000 Libanais qui ont succombé depuis l’année 1975 au gré d’incessants cycles de violence autorisés par des lois d’amnistie générale et spécifique pour effacer les crimes commis, afin que nul n’ait de compte à rendre.

En conséquence, le jugement des accusés devra commencer par l’annulation de toutes les lois d’amnistie, et il faudra des tribunaux publics pour les crimes de guerre dans des tribunaux locaux ou internationaux afin que la justice soit pleine et entière. De même qu’il est intolérable que mon agresseur circule librement, il est tout aussi inacceptable que tout criminel reste libre, même si du temps a passé depuis l’agression. Car « l’injustice à n’importe quel endroit menace la justice en tout lieu » (Martin Luther King) .

Deuxièmement, je suis un être humain, telle est mon appartenance et le fait que j’ai été atteint n’est pas une agression contre une confession ou une nationalité, il s’agit d’un crime contre une personne perpétré par un criminel. En outre, toute agression contre une personne dans l’objectif d’une vengeance est inacceptable et constitue la répétition du crime perpétré. J’espère que cela sera pris en compte par la justice, tout comme sera pris en considération mon propre dossier. Et s’il apparaissait que l’auteur appartenait à une nationalité ou une confession autre que la mienne, je considère qu’il s’agissait d’une action individuelle et non pas collective; et que toute agression (ultérieure) contre une confession ou une nationalité ne serait pas une réaction mais un renouvellement de l’agression qui m’avait atteint.

Troisièmement, que les médias n’acceptent de recevoir aucun responsable politique du 8 ou du 14 mars pour commenter ce qui m’est arrivé parce que je fais porter de manière collective à ceux-là la responsabilité de toute la violence qui sévit dans le pays depuis 1975. Ils se sont entretués, réconciliés et se sont partagé l’argent qui arrivait comme aide de l’extérieur sous couverts et intitulés de toutes sortes – et cela jusqu’à la période actuelle. Les médias doivent faire entendre les voix (de ces gens-là) uniquement depuis les salles de tribunaux.

Dans le but d’assurer une couverture médiatique pour les téléspectateurs, auditeurs et lecteurs, les médias peuvent cependant contacter les organisations de droit international afin de commenter les agressions commises sur les civils et les innocents ainsi que les possibilités de poursuivre juridiquement les incitateurs.

En ce qui concerne les conséquences des guerres et de la violence et ses répercussions sur les civils et l’indifférence des hommes politiques devant la souffrance des gens, prière de contacter les membres de l’organisation civile SOLIDE. Demander un entretien avec les proches des victimes des guerres civiles et présenter leurs opinions sincères sur les hommes politiques : ce que ressentent ces personnes en voyant ceux-ci sur les écrans de télévision alors qu’ils auraient tué leur famille sans avoir été sanctionnés.

Je souhaite également que les médias mettent en lumière les études académiques qui montrent le rôle des hommes politiques dans l’incitation du conflit à caractère raciste parce que c’est la méthode la plus rapide pour avoir une popularité aveugle et celle qui dispense de tout jugement (au Liban, en ex-Yougoslavie et ailleurs).

Si cela est possible, parler aussi des gros butins financiers  qu’ont amassés les hommes politiques libanais des guerres et divisions, ainsi que de leur utilisation de l’argent et de leur influence dans l’interdiction de toute véritable concurrence lors d’élections –  et dans le prolongement du cycle de violences sous des noms divers et variés…

Quatrièmement, je soussigné n’autorise personne à haïr en mon nom. Je n’ai haï personne et ceux qui m’ont tué méritent que justice soit faite.

Moi, la victime, j’interdis la haine à tous et je vous demande de vous aimer et vous accepter, de vous ouvrir les uns aux autres, d’arrêter ce tourbillon de violences et de construire un Etat de droit et de justice ouvert à la diversité religieuse et ethnique.

Avec toute notre affection,

Nous les victimes potentielles de la violence itinérante. »

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