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montagne de Bcharré et de Gibran
Tant de jours et de nuits  sous pression depuis ce 21 août, depuis ces images d’enfants étoufffant en pleurant, gazés – gazés en 2013! Et avant encore, depuis ce 15 août avec l’attentat dans la banlieue-sud de Beyrouth puis à nouveau le 23 août, avec ces deux mosquées explosées à Tripoli. Ces deux événements (plusieurs dizaines de morts, des centaines de blessés) semblent si loin et flous, presque dérisoires devant le martyre des enfants, ces corps sans vie alignés dans des draps blancs par dizaines, filmés pour notre regard devenu insensible à force de voir – à force de ne rien pouvoir faire d’autre que voir.

L’aurait-on oublié?

« Vos enfants ne sont pas vos enfants

Ils sont les fils et les filles de l’appel de la vie à elle-même.

Ils viennent à travers vous mais non de vous« .

(Khalil GIBRAN, Le Prophète)

Quoi, pas de place pour les poètes et pour les mots sous nos latitudes!

Tant de jours, tant de nuits… « Saga of dancing with words » 

Et pourtant, c’est un éditorialiste politique qui l’écrit (Jamil Mroueh): nous avons vécu ces quelques jours de folie une véritable  « saga de danse avec les mots »! Tant de jours et de nuits d’angoisse, tant d’injonctions, tant de discours va-t’en-guerre et de préparatifs (au moins rhétoriques) à la « contre-guerre »… Comme cela peut être facile, les mots!

Ils tombent sur nous autres les civils tels des nuées, sombres, menaçantes.

Ici dans ce tout petit appendice compliqué de la planète, nous étions sûrs d’une seule chose: si les frappes américaines ont lieu, nous en sentirons lourdement les conséquences. Sans rien pouvoir faire, parce que le civil y est et y restera une monnaie d’échange, un « bouclier » (humain, si peu humain!) et rien d’autre.

Aujourd’hui 10 septembre, le ciel se dégage comme par miracle: le miracle tient dans ces quelques mots, « Mise sous contrôle de l’arsenal chimique syrien » (titre d’un article du journal Le Monde). Tout un programme! Le débat ne fait que commencer, la partie d’échecs géopolitique continue.

Arrêter d’aligner ces mots dont nous sommes saturés. Qui sait où se trouverait le bien, de quel côté serait le mal, dans un pays (la Syrie), un système despotique qui a détruit la spontanéité des gens durant des décennies?

Soon this place will be too small…

Ecouter Lhasa qui nous a laissé sa voix en cadeau céleste, Lhasa et sa juste mesure des mots, des sens et des sons, Bells are ringing

Et s’accrocher à la sensation de pouvoir encore apprécier la musique, les livres, les mots, les paysages…

« Soon this space will be too small

And I’ll go outside

To the huge outside

Where the wild winds blow

And the cold stars shine

I ‘ll put my foot

On the living road

And be carried from here

To the heart of the world »

(Lhasa de Sela, The Living Road)

Et encore:

« I got caught in a storm

Carried away

I got turned turned around

I got caught in a storm

That’s what happened to me

So i didn’t call

And you didn’t see me for a while

I was rising up

Hitting the ground

And breaking and breaking

I was caught in a storm

Things were flying around

Doors were slamming

And windows were breaking

And i could’nt hear what you  were saying

I couldn’t hear what you were saying

I couldn’t hear what you were saying

I was rising up

Hitting the ground

And breaking and breaking

I was rising up »

(Lhsasa de Sela, Rising)

Il sera toujours temps de se réveiller et lire le témoignage de ce journaliste italien (Domenico Quirico) rentré de Syrie après des mois de privations et de tortures. De lire ses jours et ses nuits d’angoisses « au pays du Mal ».

P.S.  (le 12 septembre) : Ou encore, prendre le temps de lire les Intimes Confessions de Fifi Abou-Dib sur ces jours étranges, entre le 21 août et le 10 septembre, qui s’ajoutent à tant d’autres jours et nuits de brutales remises en cause de notre quotidien :

« Il s’est passé quelque chose, même s’il ne s’est rien passé. (…)

Il est des moments comme ça où être seulement Libanais équivaut subitement à n’être rien. (…)

Nous doutons de nous-mêmes. Les seuls qui aient la chance d’avoir des certitudes sont les partisans, ceux qui suivent un chef avec la passion du féal. Pour lui, ils sont capables de parvenir à l’excellence de soi jusqu’au sacrifice. La démocratie n’a jamais produit de leaders capables d’allumer de telles flammes ni d’attiser de telles motivations. Ce n’est d’ailleurs pas son rôle. Il y faut beaucoup de haine, d’égocentrisme, d’intolérance, voire de racisme, de refus de la différence. Il y faut un sujet de ralliement exclusif, la confession par exemple. Y a-t-il plus intime que la vie spirituelle d’un individu, que sa relation avec son Dieu ? Sous nos cieux, non seulement la chose est étalée sur la place publique, non seulement elle tient lieu d’appartenance nationale, mais elle justifie les crimes les plus hideux, les attentats qui ressemblent à des épurations. Il est vrai que l’acceptation de l’autre comporte un certain risque et suppose quelques concessions ou contagions que d’aucuns vivraient comme un anéantissement. Mais l’inverse est stérile. Voilà pourquoi, pour longtemps encore, nous ne serons « rien ». « 

(Fifi ABOU-DIB, Intimes confessions, L’Orient-Le Jour, 12-09-2013).

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Wadi Qanoubine (région de Bcharré)

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