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Jour de pluie à Jbail

 

La liberté n’est décidément pas pour nous autres, Libanais. Elle est trop importante, trop précieuse pour être laissée à ces gens immatures que nous sommes. Et d’ailleurs, elle ne se donne pas: on l’arrache pour la mériter et la préserver!

Nous autres, Libanais, ne sommes bons qu’à baisser la tête et dire: bi amrak ya sidi (à vos ordres, monsieur).

Nous autres, Libanais, ne sommes bons qu’à nous laisser diviser, répertorier, classer, dominer.

Quinze ans de guerres n’ont pas suffit (1975-1990).

Ni les dix ans supplémentaires d’occupations et d’agressions militaires israéliennes, fondamentalement meurtrières et destructrices,  dans le sud du pays (le retrait israélien a eu lieu le 25 mai 2000).

Ni la longue occupation militaro-sécuritaire syrienne et son cortège de vexations, d’auto-censures et arrestations arbitraires, du nord du Litani jusqu’aux frontières nord et est du pays (le retrait militaire syrien s’est achevé le 30 avril 2005).

Non, tout cela n’a pas suffit.

Nous autres, Libanais, ne sommes toujours pas prêts, toujours pas mûrs pour dire, déclamer, revendiquer haut et fort : « Nous, citoyens libanais, voulons être libres et égaux…« .

Nous ne savons pas avoir un avis, une opinion personnelle. Nous avons besoin d’être pris par la main, comme si un handicap majeur nous empêchait d’être autonomes, juste autonomes, de notre fichue géopolitique!

Nous ne sommes capables que d’être les gens d’untel ou untel autre, toute fierté ravalée, tout respect de nous-mêmes oublié, effacé.

Qui n’a pas entendu des hommes politiques prononcer cette expression immonde: nos gens (nass-na)!

Cela veut dire : « ces gens sont de ma confession, de ma région, ils sont mes obligés, ils me suivent aveuglément ».

Qui ne se souvient du drame de l’avion éthiopien qui s’est écrasé au large de Beyrouth au début de l’année 2010?

Qui ne se souvient de la guerre de l’été 2006?

Et encore tout récemment, ces migrants de la pauvreté partis vers une Australie inaccessible sauf illégalement?

Au vu et au su de tous (le corps politique et la société libanaise), naturellement, il revient à telle personnalité ou tel groupe politico-confessionnel de s’occuper de ses gens. Et non pas à des représentants de l’Etat libanais, via le ou les ministères techniquement concernés quelles que soient la confession et l’appartenance politique du/des ministre(s).

Le Hezbollah s’était chargé de déclencher la sirène du retour, pour les milliers de gens dispersés  à travers le pays et jusqu’en Syrie, réfugiés loin des zones de combats, en août 2006. Ses gens!

Le Mouvement Amal s’était occupé des familles éplorées lors du crach de l’Ethiopian Airlines. Ses gens!

Aujourd’hui, Najib Mikati a dépêché son envoyé spécial (le ministre tripolitain Ahmad Karamé) en Indonésie. Saad Hariri a aussi envoyé son représentant personnel pour s’enquérir et « aider ». Il est même question qu’il se rende lui-même à Jakarta. Quelle soudaine mansuétude! Ils seront accueillis comme des héros ces généreux sauveteurs, bien sûr. Leurs gens!

Que peut faire d’autre celui ou celle qui se noie? Tendre la main et remercier la personne qui l’aide à (littéralement) sortir la tête hors de l’eau.

Telle est la démarche de nos valeureux représentants politiques: tendre la main à ceux qui sont en train de se noyer et les aider à ne pas couler. Juste, ne pas couler.

Les remerciements seront immédiats, la reconnaissance sera servile et l’allégeance (personnelle et familiale), à vie.

Opération sauvetage réussie, tout bénéf.

Liberté? Dignité? Respect de la personne? Quand on a faim, on ne (re)connait pas toute cette littérature dans nos contrées – et d’ailleurs, dans toutes les autres contrées.

Il y a bien longtemps de cela (en 2007), dans l’histoire intense et toujours recommencée du Liban, un illustre collègue blogueur avait écrit un excellent Hymne à la Liberté… Malheureusement, cet hymne est toujours valable!

Liberté, libertad, freedom, liri, vryheid, libereco, freiheit, libertà, libero, svoboda, uhuru…

En arabe: hurriya. Un terme si peu utilisé sous lattitude Liban qu’on en oublie peu à peu le sens/l’essence.

Voyez donc et surtout, appréciez… (avec l’aide du dictionnaire Antidote):

« Liberté, nom féminin.

– État, situation d’une personne indépendante, libre. Mettre un prisonnier en liberté. Rendre sa liberté à une personne.

– Absence de contrainte. Agir en toute liberté, en pleine liberté. Liberté de langage, liberté des mœurs.

*Possibilité, droit d’agir sans contrainte. Avoir la liberté de choisir sa carrière. Prendre la liberté de ne pas aller travailler.

*État d’une personne qui n’est pas liée par un engagement. Apprécier sa liberté.

– Absence ou suppression de toute contrainte considérée comme illégitime. Se battre pour la liberté. Vive la liberté!

– Pouvoir reconnu par la loi dans un domaine particulier. Liberté d’expression. Liberté de presse.

* Les libertés : immunités. Libertés des villes.

– État d’un pays souverain. Lutter pour la liberté de sa patrie. »

(surligné par moi, sûrement par conviction!)

Addendum (14/10/2013):

« Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté »

Paul EluardPoésies et vérités, 1942

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