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Hamza est un jeune garçon de 12 ou 13 ans d’origine syrienne, il est né au Liban et a toujours vécu ici dans ce village  de la grande banlieue de Tripoli. Il s’occupe comme il peut, le plus souvent il est gardien d’un petit troupeau de vaches, il participe quelquefois à des travaux d’entretien agricole. Je lui demande à tout hasard s’il va (aussi) à l’école. Sa réponse est : « Je travaille moi, je ne vais pas à l’école. Mais je sais lire, tiens je sais très bien écrire sur Whatsapp, si tu voyais comme j’utilise très bien Whatsapp!« .

Rien à dire, nous sommes en plein dans l’univers de la Petite Poucette (Michel SERRES)! Du livre-roi au règne de Viber, Whatsapp, Facebook et Twitter nous sommes à un tournant dans le rythme de l’écrit et le rapport à l’écrit – et dans les rapports induits par l’écrit et l’écran entre les individus… Les débuts de ce qu’on a appelé le printemps arabe avaient bien pour lieu de contact et de ralliement, Facebook! Et ce n’est évidemment pas terminé, parmi des milliers d’exemples voyez ce village syrien opposé au régime et qui a trouvé où s’exprimer et envoyer au monde des informations même dramatiques, de façon humoristique: Kfar Nabeul a sa page Facebook bien sûr, et elle est largement  fréquentée!

Mai GHOUSSOUB aimait rendre compte d’ambiances politiques et sociétales, d’atmosphères plutôt que d’analyses froides; même si la route est encore longue, j’essaie de me rapprocher de cette manière de faire qui rende justice aux réalités, qui conserve autant que possible la trace des gens observés (ceux-ci ne sont pas des cas comme on dit en langage scientifique, mais des personnes de chair et de sentiments!).

Lire ou relire Leaving Beirut ou Selected Writings ne peut que faire regretter en effet Mai Ghoussoub, cette intellectuelle et artiste plurielle trop tôt disparue. Et regretter son humanisme (au sens premier, théorie qui vise l’épanouissement de l’être humain) et son sens poussé et délicat de la nuance: ces deux  critères semblent lointains et théoriques pour nos chroniqueurs de journaux, radios et télés – qui sont trop souvent dans la radicalité… fausse. Fausse radicalité et vrai suivisme, alignement le plus vil: d’où vient-il, sinon, ce sentiment d’anticiper les grands traits de ce que tel journaliste ou tel chroniqueur ou reporter va développer, dans quel sens va aller son analyse dès ses premiers mots?

A quelques très rares exceptions près, lire ou écouter ou regarder ceux qu’on appelle le quatrième pouvoir au Liban est devenu un exercice fastidieux, un exercice aussi répétitif que le sont les discours de ces hommes et femmes de médias: alignés à telle figure politique ou telle autre, à tel parti politique ou tel autre, à la Syrie des Assad et à l’Iran, à l’Arabie Saoudite et aux Américains. Je croyais pourtant qu’il y avait comme un rapprochement Iran-USA dans l’air… et puis même, jusqu’à quand cet alignement, ce suivisme!  Noir ou blanc, rouge ou noir, 8 mars ou 14 mars, Iran ou USA… Que les médias libanais sont (faussement) radicaux! Et cloisonnés, lassants!

Notre géopolitique ne nous permet aucune indépendance?… D’accord mais l’autonomie elle, elle existe! Qui a dit qu’il faut être avec les Américains ou pour les Iraniens quand il s’agit de mettre en place un réseau de bibliothèques publiques? Qui a dit qu’il faut être aligné soit à l’Iran soit à l’Arabie Saoudite pour développer des micro-projets de prise en charge des enfants illettrés? Qui a dit qu’il faut être de telle mouvance politico-confessionnelle ou de telle autre pour développer un programme d’infrastructures routières pour désenclaver encore et encore les localités les plus éloignées? Qui a dit qu’il faut être pour les uns, contre les autres pour enfin développer les grandes lignes d’une histoire commune (remontons seulement à la première guerre mondiale, dit l’historien Ahmad Beydoun), et pour enfin amorcer à travers le pays – dans les villages, dans les quartiers – des réunions-débats sur la manière dont les uns et les autres ont vécu la guerre, avec des commissions qui notent et organisent ces actes civils de citoyenneté? Qui a dit…

Oui un peu de fausse candeur fait du bien, je voudrai tant ne pas savoir les passe-droit, les dessous de table, les contournements habituels de la loi, les rancoeurs accumulées, les mahsoubiyat

Chers journalistes, chers analystes, chers chroniqueurs, chers chercheurs, chers tous, n’êtes-vous donc pas fatigués de jouer à ce stérile jeu d’équilibrisme politique permanent,  je suis contre untel (du regroupement du 8 mars) mais je suis pour untel autre (du 14 mars) – ou inversément?!

N’êtes-vous donc pas saturés, épuisés de faire le jeu des uns contre les autres? Etes-vous vraiment convaincus que Geagea vaut mieux que Aoun? Et que Aoun est « meilleur » que Geagea? Et en quoi donc?! Cela vous paraît-il si invivable, un monde sans le duo classique Geagea-Aoun? Et sans les Hariri-Miqati-Karamé-Berri et tous les autres, catapultés par les urnes – et par la magie du billet vert comme dirait le journaliste Mohanad Hage-Ali en tant que nos « responsables politiques »? Un milliard de dollars déversés lors des élections législatives de 2009 à parts égales par les deux parties!  Cet argent si promptement avancé par les uns et les autres (USA, Iran, Arabie Saoudite, Qatar etc.) n’aurait-il pas pu servir à tant de projets de développement et d’infrastructure dont le pays a un besoin inassouvi? N’y aurait-il pas d’autres acteurs possibles du politique dans ce pays que cette génération de seigneurs de guerre – et leurs descendants?!

Pouvons-nous élever le débat, nous élever un peu au-dessus de ces interminables empoignades, vaines et nerveusement épuisantes à suivre (pour les citoyens!) entre politiciens et journalistes? A de rares exceptions près, on en est encore à oeil pour oeil… à cultiver cet esprit de ressentiment et de vengeance à l’égard de l’autre. La guerre n’est donc pas finie? Ne pouvons-nous pas enfin nous intéresser aux petits et grands soucis des gens dans leur vie quotidienne? Leurs soucis et non pas les problèmes d’égo et de rivalité interminable des « chefs » et sous-chefs?

Le chroniqueur Roni ALFA est l’un des rares intervenants sur la scène médiatique-journalistique locale à arriver à s’exprimer au nom des gens et non pas du 8 ou du 14 mars, en mettant de côté ses opinions politiques personnelles. A ne pas s’exprimer pour (un groupe) ou contre (un autre groupe) mais au nom des citoyens libanais, tout simplement : et dans un paysage si rigide, l’essai est à saluer! Ses chroniques sont savoureuses à lire et aussi à écouter, dans une langue arabe d’une richesse que je peinerai et appauvrirai à essayer de traduire! [voir ci-dessous, sa chronique du 10/11/2013, « Délai d’expiration« … des citoyens libanais!]

Je ne comprends pas pourquoi si peu de gens bougent les lignes de séparation/ de confrontation: bien sûr, j’ai eu moi-même ma période plutôt pro (14 mars) et anti (8 mars), oui j’ai eu durant un très court laps de temps de faux espoirs de changement pour ce pays, une période de quelques semaines d’espoirs vite balayés – je l’ai écrit dès le premier billet dans ce blog [on peut aussi consulter aussi la publication en cours de ma correspondance entre 2005 et aujourd’hui, où l’on pourra suivre un cheminement intellectuel de désenchantements].

La question n’est évidemment pas dans les positionnements et convictions politiques; le problème est dans la radicalisation des alignements aveuglants, notamment, des intellectuels. Dans les enfermements. Tu n’es pas avec moi, tu es donc contre moi! Et au-delà des pronoms singuliers, il faudrait utiliser des pronoms collectifs puisqu’en situation de conflit l’individu s’efface au profit du groupe: vous n’êtes pas avec nous? eh bien vous êtes donc contre nous

The terrible thing about wars is that they turn individuals into mere members of groups, be they nations, gangs, militias, or some other kind of tribe. This may be why, when justice is done, it often looks absurd, for the criteria applied are those of a normal modern society, in which individuals are deemed responsible for their own actions. This is why, in an epoch where one’s sense of justice abhors the tribal approach in which all are punishable as one and for one, no decent person can claim to be right in the punishments they are calling for.

(Mai GHOUSSOUB, « An uneasy peace », Leaving Beirut, p. 37, 2007 – première publication 1998, Saqi ed.).

Jusqu’à quand chacun restera-t-il enfermé dans sa bulle de croyances et d’exigences à l’égard des autres, de conditions posées? Et si les intellectuels ne bougent pas, comment ne pas comprendre que « le peuple » ne le fasse pas – ou de la pire des manières, par suivisme aveugle (et monnayé bien sûr)?

Mais… les intellectuels sont le peuple, ils en font partie!

P.S. (12 novembre) : Je ne résiste pas au plaisir d’insérer ce texte caustique de Roni Alfa, publié le 10 novembre 2013.

تاريخ إنتِهاء الصلاحيَّة

،وأنا أبحَثُ في سجلات النفوس اللبنانية، اكتشَفتُ أننا مَوتَى
،وقد نُبِشتَ قبورُنا
،وسُرقَت مقتَنَياتُ جُثَثِنا
.دونَ أو يوفِّرَ نابِشو قبورِنا أضراسَ الفِضَّة أو الذّهَب التي بَقيَت في أفواهِنا
.أكتَشَفتُ أننا شَعبٌ مَسروقٌ جملَةً وَتَفصيلاً ولو استَطاعَ أفرادُ العِصابَة أن يَسرقوا أيضاً ثيابنا التي سُجِّينا بِها لَفَعَلوا ذلك دونَ تأنيبِ ضَمير
،ومَع إعتِذاري المسبَق على صَراحَتي المُفرِطَة
،اكتَشَفتُ أنَّ أغلَبَنا حَيٌّ بِوَثيقَة ولادَة
.وميِّت دونَ وَثيقَة وَفاة
،واكتَشَفتُ أيضاً من السِجّلات
،أنَّ كلّ البَشَر يَموتونَ مَرَة واحِدَة
،وَيُدفَنون مرَّة واحِدَة
،في مِقبرَة واحِدَة
،إلا نَحنُ
،نَموتُ كلّ يَوم
،ونُدفَنُ كلّ يَوم
….وَمَقابِرنا منتَشِرَة في كلّ الأمكِنَة
،لِذلك لا أجِدُ غَرابَةً في أن أُلقي كلّ يَوم صَباحاً التحيَّةَ على جثّتي
،وأتقبّل التّعازي بِوفاتي
.وأقيم الشَّعائِر لِتَخليد ذِكري
،واكتَشَفتُ من جملَةِ ما أكتَشَفت
،أننا في لبنان عِبارَة عن مَخلوقات إنتِخابيَّة، كرامَتُنا الوَطنيَّة ماركَة مسَجَّلَة على إخراجات قيودِنا الطائِفيَّة
،منّا من يرسم إشارَة الصليب بالثلاثَة
،ومنا بالخَمسَة
،ومِنّا من لا يَزال يَخوض حَرباً عمرها ألف وأربمائَة سَنَة بِضراوَة
،ومَن زَمَطَ من المَوت العبثين
،حَوّل نفسَه إلى ما يُشبه فَرش أنتيكا من البسطا التّحتا
،مركونٌ في بيوت الزّعَماء
.تتأنّى الخادِمات الفيلبينيات الأنيقات مَسحَ غبارِه لِيبقى صالِحَا لجلوس الزعماء

!صدورُنا جَعلناها أرائِك وَثيرَة لِزعران الحَرب الأهليَّة الذينَ بنينا لهم تماثيل من نحاس الخوف وإسمَنت الخُضوع
،ماذا كانَ فَعَل بِهم يَسوع لو قرر بلفتةٍ كريمة أن يأتي عبرَ مَطار بيروت ويزور رعيَّتَه
:أما كانَ ليَقول لَهم
« هذا بيتُ أبي وَقَد حَوَّلتموه مَغارَةً للصوص؟ »
أما كانوا لِيَصلبوه ثانيَةً على أيدي أحفاد قيافا ويَهوَذا الإسخَريوطي؟
،كلُّنا مَحسوبون بينَ عِداد الموتى
،كنّا فيما مَضى ننتَمي إلى العِرق الأبيَض فصِرنا ننتمي إلى عِرق التماسيح
،مواطِنون صناعَة تايوانيَّة وَتَجميع صيني
،مواطنون معلَّبونَ ومَكتوبٌ على عبواتِنا : « أُنظُر تاريخ إنتِهاء الصلاحيَّة »
والأفضَل أن نُرمى في جُوَر المواطنين للخِرضَة أو الكَسِر
!وأن نُترَك ليأكلَنا الجنزار
،حَوَّلنا السياسيون مثلَهم إلى كَذَبَة بِمناخير ممتَدَة أينَ منها منخارُ بينوكيو
،وإلى كائِنات مُطيعَة أينَ منها كلاب مواكَبَةِ الضَّرير
.أَصبَحنا مَوتى ولكن بِدون حِسابات مَصرفيَّة في جنيف وبِدون ناطِحات سَحاب
،شَحَنونا بِبَطاريّات الحِقد
،أشعَلونا بِبِنزين الطّوائِف
.وفَجّرونا عند كلّ نَشرَة أَخبار
،تبادُلُ نيرانِنا الصَّديقَة وَصَلَ مَداها إلى مَسامِع العالَم
.ونَشرُ غَسيلِنا الوَطَني تَمتَّعَ بِه كلّ الجيران
،كلّنا مَوتى
،وليسَ هناكَ مَقبَرَة جَماعيَّة تتَّسِعُ لِدَفن كلّ فَضائِحِنا
،دُوَلنا مَعجونَة بالتّفاهَة
،وَتعيشُ على فُتات البنك الدَولي والأنروا
،تَسرقُ الفقراء لتوزِّع على الزعماء
،دُوَلُنا لَم يَزُرها يَوماً روبن هود بِملامِح شَرقيَّة
.وَحَبّذا لَو يأتي يَوماً ليَسرقَ الزعماء ويعطي الفقراء
،عَرَضونا في شَهرِ التسَوّق للبيَع بأسعار مَحروقَة
.ففزنا بِالجائِزَة الأولى للجيَف الوَطَنيَّة سابِقينَ بأشواط المرشَّحينَ من جمهوريَّات أقراط المَوز وَشَحّاطات النايلون
،ليس في السجّلات ما ينبِئُ أننا شَعبٌ حَي فَسُبحانَ الحَيَّ الباقي
!وسُبحانَ الباقي بالحَيّ

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