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Entre la mobilisation pour venir en aide aux réfugiés syriens délaissés et les attentats meurtriers à Beyrouth fin décembre 2013, le Liban des gens a vécu des jours éprouvants, bien éloignés des préoccupations des ‘responsables’ politiques, qu’ils soient ou non représentés au gouvernement.

Les voitures qui explosent, les gens innocents qui meurent, les blessés plus ou moins gravement, les dégâts physiques, les dégâts dans les têtes – ceux-là sont les plus difficiles à réparer… Un pays perdu, si mal servi par une classe politique pas du tout à la hauteur des événements : à en pleurer!

Oui le Liban est entré avec la fin de l’année 2013 dans la tourmente: nous croyions qu’il s’agissait d’une tempête hivernale passagère (Alexa), en réalité nous sommes installés dans l’oeil du cyclone, dans une zone de fortes turbulences qui menace d’emporter les racines, les (frêles) fondements de ce petit pays.

D’un attentat sanglant à un autre (ceux qui parlent d’irakisation oublient que la paternité de ce ‘mode opératoire’ revient, malheureusement, au Liban), d’une douleur à l’autre, d’un sanglot de désespoir de mère, de soeur, de femme, de frère à un autre sanglot déchirant… Sommes-nous réduits à cela, au Liban, à devenir des chiffres de victimes, parce que forcément un attentat efface l’autre?

La réponse des gens est, clairement, non! De toutes les incivilités que nous vivons en mode accéléré depuis quelques semaines sont en train de naître différents mouvements de protestation; leur point commun est qu’ils naissent à travers internet, sur Facebook et Twitter principalement.

Remontons le fil de cette histoire – des gens –  en cours : on est partis d’un mouvement de refus au nom des civils tués, ces ‘dommages collatéraux’ des conflits stratégiques qui traversent le pays et toute la région. Ce nom est ‘je ne suis pas un martyr‘, il est né à la suite de la mort du jeune Mohammad Chaar à Beyrouth, ‘collatéralement’ à l’attentat qui a coûté la vie à l’homme politique Mohammad Chatah. M. Chaar se trouvait là avec ses amis, il est mort quelques secondes après la prise d’une photo ‘selfie’ (voir la photo ci-dessous). Il était là à la mauvaise seconde, pas d’chance pour lui. Mais il n’est pas la énième victime d’un attentat, il n’est pas qu’un chiffre, nous ne sommes pas réduits à n’être que des chiffres potentiels: tel est donc  le point de départ relaté dans le Daily Star et relayé sur cette page Facebook/ Révolution Mohammad Chaar – et surtout celle-ci R.I.P Mohammad Al Shaar. Créée le 28 décembre 2013, elle rassemble des dizaines de milliers de ‘like’ (plus de 55.000) et est alimentée par des commentaires et des photos venant du monde entier, preuve d’une sorte d’identification à ce jeune homme mort ‘comme ça’ par malchance, comme cela aurait pu ou peut arriver à n’importe qui d’entre nous. Nous sommes tous Mohammad Chaar : ce slogan est décliné partout au Liban et aussi du Brésil, d’Australie, de France…

On vit par chance et par hasard au Liban comme le souligne avec rage, avec tristesse et avec force Roni Alpha dans sa chronique d’une grande rigueur linguistique (post du 06 janvier 2014) – malheureusement impossible pour moi à traduire ici.

#not a martyr est devenu en quelques jours, sur Twitter ou Facebook, le mot de ralliement des civils libanais pris au piège de la guerre, et ce mouvement citoyen ne cesse de se développer: né le 30 décembre 2013, sa page est très régulièrement alimenté par les revendications des citoyens, résidents ou pas au Liban. Plus de 6500 ‘like’ en 8 jours (voir ci-dessous la page d’infos/about de ce lieu-exutoire le plus populaire auprès des gens).

Du refus d’être des martyrs (shuhada) et du refus d’être accolés par leur mort violente à une cause, les revendications des gens ont fusé et continuent de fuser dans tous les domaines, vers un sens très précis: être Libanais (vivant!) au Liban. Etre libre de sortir sans avoir peur de mourir parce qu’au mauvais endroit, à la mauvaise seconde. Etre libre d’exprimer ses croyances, sa différence, ses espérances… Etre et Libanais au Liban, sans avoir un passeport prêt au départ. Construire un pays vivable pour soi et pour ses enfants… jusqu’à l’un des récents ‘mots d’ordre’, ‘je veux vivre pour mon enfant, je ne veux pas mourir pour mon pays‘ (cf. la photo en haut de page, en arabe waladi/ mon enfant et watani/mon pays riment et donnent une tonalité invisible en français)… Ce projet est celui de toute personne ‘normale’ sur cette terre, au Liban il devient une revendication, en lieu et place de devenir un « martyr » sans l’avoir ni rêvé ni demandé!

Un autre lieu passionnant et intéressant (comme symptôme d’un uprising, soulèvement, en cours de germination?) est la librairie Al Sa-eh (Le Touriste) située dans une ruelle du vieux Tripoli, entre le souk des friperies et le souk des bijoutiers! Cette vieille librairie dont une partie des livres ont été brûlés vendredi 3 janvier renfermait des livres rares, anciens, de grande valeur. Un mouvement citoyen spontané contre l’obscurantisme s’est levé, des volontaires ont très vite nettoyé et remis en état de fonctionner la librairie.

Un site Facebook de soutien a été créé aussitôt et une page Facebook vient d’être ouverte, il y a quelques heures.

Dès ce lundi 6 janvier (soit 3 jours après le geste criminel), la librairie pouvait rouvrir ses portes! Comme un miracle, et uniquement grâce à une mobilisation citoyenne de grande ampleur, là aussi développée en utilisant Facebook comme lieu d’alerte et de ralliement. Appels aux dons en espèces et en nature (les livres), les résultats sont magnifiques, au coeur d’une ville économiquement et socialement à genoux: non seulement la ville mais le pays a répondu présent.

Chaque jour ou presque des mouvements de mobilisation citoyenne essaient d’éclore ou de se développer à travers Facebook, ils sont plus ou moins indépendants des instances politiques, ils essaient de surfer sur la vague de protestation et de refus d’un statuquo réellement mortel, l’avenir très proche montrera s’ils arrivent à se maintenir ou pas. Par exemple, ce mouvement anti-confessionnel لا للطائفية a été ‘liké’ plus de 3000 fois en 24h, ce qui est un bon présage. Et cet autre, je veux بدي au profil moins clair, ‘liké’ 2400 fois en une semaine.

Les réseaux sociaux se révèlent ainsi comme des lieux de grande importance socio-politique, des lieux de lancement d’alertes et de très rapide mobilisation – à l’instar de ce qui s’est passé au début des soulèvements dans le monde arabe. On l’a vu dans la mobilisation pour l’aide aux réfugiés syriens, on le voit aujourd’hui par des expressions civiles qui se créent de diverses manières et dans un objectif: un Liban civil ‘safe and secure‘, un Liban des gens.

Facebook apparaît comme un lieu de mobilisation pour l’action rapide plus qu’un lieu de réflexion, même s’il ne faut pas négliger les pages de grande valeur de journalistes, chroniqueurs, chercheurs, écrivains, poètes et autres artistes. La réflexion se trouve plus à son aise me semble-t-il dans ces blogs libanais dont je découvre chaque jour la vitalité et la grande richesse (sur les sujets, l’écriture, les thèmes abordés), que leurs auteurs résident ou pas au Liban bien sûr. Et cela donne un intérêt sociologique et culturel particulier à cette blogosphère libanaise et mondiale à la fois, lorsque l’on se souvient de l’importance de la diaspora libanaise, ancienne et actuelle: avec internet, le Liban devient l’affaire des Libanais de tous âges et horizons, qu’ils aient ou pas un passeport libanais, qu’ils parlent ou pas la langue arabe, qu’ils connaissent ou pas leur pays d’origine. Ils contribuent à façonner à leur manière un pays toujours en devenir.

J’avoue ne pas m’être ‘aventurée’ vers l’observation de l’activité sur Twitter à partir du préalable, peut-être faux, que ce format de messages très courts – 140 caractères maximum – est limité au-delà de l’information ponctuelle et la diffusion de photos et d’événements (qui peuvent être de grande importance!).

En conclusion très provisoire : la parole et l’action civiles sont (enfin!) en train de se libérer. Jusqu’à quel point leur permettra-t-on de se s’exprimer, c’est une question qui peut être centrale dans les semaines et les mois qui viennent au Liban.

La page d’infos/ I am NOT a martyr – أنا مش شهيد

https://www.facebook.com/notamartyr/info

We refuse to become martyrs. We refuse to remain victims. We refuse to die a collateral death.

Description

On the morning of December 27, 9 people were murdered in Downtown Beirut, adding their names to the ever-growing list of people whose lives were thrown to waste. We refuse to stand by as this goes on for another year. We can no longer normalize the persistent violence. We can no longer desensitize ourselves to the constant horror of life in Lebanon.We are victims, not martyrs. We refuse to become martyrs. We refuse to remain victims. We refuse to die a collateral death.We are angry, sad, and frustrated with the current situation in our country. But we are not hopeless. And we have dreams for our country.We know we are not alone.Post a photo or a status to this page. Tell us what you want for your country.

Tell us what you want to live for. #notamartyr

نرفض أن نكون شهداء. نرفض أن نبقى ضحايا
صباح ٢٧ كانون الأول، قُتِل تسعة أشخاص في وسط بيروت، لينضمّوا إلى لائحة الأشخاص الذين فارقوا الحياة سدى.
نحن لا نقبل أن يستمر هذا الوضع سنة أُخرى.
لن نسمح بتطبيع العنف اللامتناهي.
لا يمكن لنا أن نفقد الإحساس تجاه الرعب الذي يواجهنا كل يوم في لبنان.
نحن ضحايا ولسنا شهداء. نرفض أن نكون شهداء. نرفض أن نبقى ضحايا
نحن غاضبون، محبطون ونشعر بحزن كبير جرّاء الوضع الحالي في وطننا. لكننا لم نيأس ولدينا طموحات لهذا البلد.
نحن نعلم أننا لسنا الوحيدين.
ضع صورة أو جملة على هذه الصفحة. قل لنا ماذا تريد أنت للوطن

قل لنا ما الذي ترغب العيش من أجله
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