The devil is in the details…

Un texte absolument touchant, bouleversant, à lire et puis… s’assoir, réfléchir. Signé Tarek Wheibi, du blog http://dreamofchange.wordpress.com

 

Désolée pour ceux qui essaient de lire cet excellent article, il a été retiré du blog d’origine (Dream of Change) très peu d’heures après sa parution et je n’arrive pas à contacter l’auteur (Tarek Wheibi). Dès que j’ai des informations, je les posterai évidemment.

Dernières infos « du front » 🙂  : Tarek Wheibi travaille à l’UNHCR et était très occupé toute cette période. Aujourd’hui (3 Avril) officiellement, un million de civils syriens sont comptabilisés comme réfugiés au Liban – un pays de 4 millions d’habitants environ!

Le texte de Tarek sera à nouveau disponible dans quelques jours, l’ONU ayant tout simplement demandé d’avoir la primauté de le publier dans un blog « dédié ». Un bel hommage au travail de ce jeune Libanais!

-The T times-

“106 people were killed in Syria today, 300 more were injured”

A statement we read everyday, shared by some news agency somewhere on facebook or twitter. The numbers might change but the story is the same, so we shake our heads in pity (sometimes) and scroll down to more interesting stuff like Miley Cirus, Jackie Shamaoun or that video of athletes having sex in the Sochi Olympics.
But what hides behind those numbers are people, or, what in today’s world has become known as “the details”.

Ahmad is one of those details.

I never got to meet Ahmad. I never got to meet him because Ahmad is a 4 year old; who got killed in Syria when a rocket hit his house.
I met his surviving father Bilal, his mother Hasna’, his 3 year old brother Mohammad and his newborn sister Alia, whom he never got the chance to meet.

Voir l’article original 602 mots de plus

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Liban à la dérive, vers un rétrécissement des libertés (Souha TARRAF)

 

J’avoue bien volontiers que les mots me lâchent, que je ne sais plus où j’en suis, où nous en sommes au Liban sur le « be Lebanese, live as Lebanese… » (et non, pas « die as…« , pas « die » du tout même – et encore moins en « martyrs« !) en ces jours d’une étrange saison hiver-été de février. Livrés à nous-mêmes? Oui, et à tous les excès que cela signifie, d’attentat en attentat, en l’absence de l’Etat souverain sur son territoire – via l’armée en particulier. S’il faut le préciser, ce billet traduit un mal-être (libanais) plus qu’il n’essaie de procéder à une (énième et vaine?) analyse de situation.

Gaza, une prison à ciel ouvert: l’image – et sa réalité, cruelle – est connue.

Liban, un pays-prison? La comparaison peut paraître osée ou exagérée: mais à bien y réfléchir – il suffit de regarder autour de nous – le pays est en train de devenir un territoire d’enfermements, un pays à cloisons.

Au sein d’une superficie réduite (nos très sacrés 10.452 km2) il y a à la frontière de l’extrême sud-est les fermes de Chebaa, un micro-territoire (hyper) stratégique en mal chronique de souveraineté, occupé par Israel. Et puis les autres frontières du pays en partage avec l’autre grand voisin, la Syrie: elles sont toutes perméables, toutes sujettes à des flux d’entrées-sorties de personnes (des milliers de civils, réfugiés fuyant la guerre et ses misères), de marchandises, d’idées de toutes sortes, jusqu’aux voitures préparées pour exploser au milieu des civils.

Quant au nombre  total de résidents dans le pays: qui peut savoir?! Il y aurait 4 millions de Libanais (plus  des milliers de travailleurs étrangers venus d’Ethiopie, de Madagascar, du Bangladesh etc. etc.), près d’un million de Syriens enregistrés au HCR en tant que réfugiés (sans compter les milliers de Syriens qui ne sont pas répertoriés et qui peuvent habiter soit dans des appartements de luxe ou ordinaires soit des baraquements précaires, dans des camps ou sous n’importe quel toit branlant), près de 400.000 Palestiniens, ces éternels oubliés dans leurs propres camps.

Qu’est-ce qu’un « camp »? Le pays est plein de camps de toutes sortes, nous vivons de plus en plus en slalomant entre des camps!

Il y a les camps des réfugiés palestiniens (et leurs descendants), les camps des réfugiés syriens, les camps politiques (8 et 14 mars), les camps confessionnels-géographiques dans les villes (quartiers ou morceaux de rues délimités comme chiites, sunnites, alaouites, etc.), dans les régions…

Et tant bien que mal, nous organisons nos déplacements entre ces cloisons…

Sur fond de tant et tant de petits et grands écarts si quotidiens, si ordinaires, de la civilité… tant et tant de polémiques inutiles (cf. la désormais célèbre poitrine de la skieuse Jackie Chamoun!) en lieu et place de débats sur les meurtres de Manal al Assi et d’autres femmes tuées par leurs époux; les films censurés, les bloggeurs surveillés et jusqu’au scandale vécu par la journaliste R. El Helou qui n’a pu embarquer en avion parce que sur fauteuil roulant… Les journaux sont remplis de ces informations qui montrent un pays aux mentalités de plus en plus frileuses et fermées les unes aux autres.

Oui, la dérive est là. Totale…totalitaire? A chacun son Liban?…

My Dahiyeh: Notes on the Dehumanization of A Beirut Neighborhood

My Dahiyeh: Notes on the Dehumanization of A Beirut Neighborhood.

C’est un très beau témoignage sur Dahieh, la banlieue sud de Beyrouth.

Si nous pouvions multiplier ce genre de textes: mon quartier/ ce que vous voyez (de l’extérieur) de mon quartier, les Libanais se rendront compte très vite qu’ils partagent beaucoup de choses par-delà leurs diverses opinions politiques. Une même base culturelle, un même terreau identitaire : n’est-ce pas assez pour commencer à faire un pays, un Liban citoyen… un Liban des gens?

Dans la sangle de plus en plus étouffante de nos réalités. Are you alive?! (Souha TARRAF)

Nous autres, citoyens libanais en sursis…

#not a martyr
#not a martyr

Que peuvent dire les mots? Ils sont pauvres, ils sont dérisoires à décrire ce que vivent les gens au Liban. Jusqu’aux mères de famille qui se mettent à manifester et haranguer les hommes politiques!

Hermel, attentat n°2 ce samedi en fin de journée. Le décompte des morts et des blessés n’est pas encore établi. Triste et régulier décompte.

J’essayais de terminer cet article, si difficilement: que peuvent raconter encore les mots qui n’aie été déjà exprimé ici et ailleurs, sur notre quotidien dont la sangle semble se serrer chaque jour un peu plus?

Long creux depuis mon dernier post : oui évidemment nous voulons vivre, vivre vraiment et non pas en sursis de…! Que dire de plus, au nom des gens? Et que peuvent dire d’autre les civils au Liban, pris au piège entre la guerre en Syrie et les luttes interminables pour des morceaux de pouvoir dans un Liban lui-même en lambeaux?!

Des tentatives d’expression de citoyens que j’essayais de relever il y a quelques semaines que reste-t-il? Ce long silence dont j’ai un mal fou à sortir, pour la première fois dans ce blog, n’est que l’écho du silence, de l’abattement dans lequel nous semblons nous enfoncer collectivement. J’essaie d’en comprendre les raisons.

Inconsciemment ou pas, le dernier attentat en date (le 21 janvier 2014) – avant celui-ci, ce 1er février dans la ville de Hermel –  a été profondément choquant pour tous. Pas seulement pour les premières personnes concernées directement, celles qui résident et travaillent dans Dahieh, la banlieue sud de Beyrouth: si à Haret Hreik et ailleurs dans la banlieue sud on se protège désormais par des sacs de sable en vue d’un éventuel prochain attentat, si le bastion du Hezbollah n’est plus en sécurité, alors comment peuvent réagir les habitants des autres quartiers de Beyrouth, de Tripoli, de Saïda et du reste du pays?! Voir ici le reportage édifiant du Monde ou encore ici ce reportage-photos paru dans Al-Akhbar.

Si inconsciemment ou pas nous nous enfonçons dans la grisaille aussi parce que le gouvernement est introuvable, avec des hommes politiques rien moins que bas et dénués de tout sens de responsabilité devant les préoccupations des citoyens – c’est pour une raison précise. Nous avons compris que même la Dahieh n’est plus protégée et qu’une partie de ses résidents tentent de trouver de quoi se loger voire travailler ailleurs. La jeune Maria Jawhari est morte après avoir écrit : « c’est le troisième attentat auquel j’échappe. Je ne sais pas si j’échapperai à un quatrième  » (cf. le post précédent signé Gino Raidy).

Maria Jawhari est devenue l’une des vicitimes de la mort aveugle. Pas une martyre, non, de grâce. Par-delà le jeune Mohammad Chaar, mort pour rien, par hasard, lors de l’attentat qui a coûté la vie à l’homme politique Mohammad Chatah, par-delà les autres victimes pour rien de l’attentat de Haret Hreik cette victime-là, Maria Jawhari est la victime de trop – si les mots ont encore un sens. Ses derniers mots (d’espoir!) ont glacé les coeurs: personne, absolument personne n’est à l’abri. Au Liban nous vivons donc tous en sursis: hauts les coeurs, réjouissons-nous dans l’instant!

Oui, positivons…:

 » Ce qui est bien, c’est qu’on n’attend plus les barbares. Ce qui est bien, c’est qu’ils ne sont plus à nos portes. Entrés en douce, en territoire propice même pas à conquérir, ces « visiteurs » sont parmi nous, ils sont des nôtres, que dis-je, ils sont nous. Voilà. L’autre bonne nouvelle c’est que nous n’attendons pas non plus les poseurs de bombes. Ils ont posé ce qu’ils ont posé, et puis ils ont posé l’idée de la bombe. Une bombe virtuelle plus dévastatrice que des millions de tonnes de C4. Sans bruit, sans fumée, sans cadavres. Propre. Silencieuse. Sournoise. Terrifiante. Les centres commerciaux sont déserts. Les hôtels sont vides. Les soldes, pour rien bien sûr, pour personne non plus. Les gens évitent de circuler. La ville retient son souffle. Demain ? Après-demain ? Jamais sans doute mais la psychose suffit. Les derniers hésitants font la queue, au petit matin, à la porte des consulats. Les entreprises déposent le bilan. Il n’y a pas de fumée mais on n’y voit rien. On ne voit plus demain. »

(Fifi Abou Dib, L’Orient-le Jour, Les visiteurs , 30/01/2014).

Oui, demain est illisible à nos yeux: il n’y a pas d’horizon.

Tenir écrivait il y a des mois, une éternité, Fifi Abou Dib dans les mêmes colonnes de l’Orient-le Jour (27/09/2012). Tenir, mais jusqu’à quand?

Que dire encore qui n’ait été dit et redit, y compris par moi-même ici dans ce blog? Oui nous sommes au bord du bord du goufre: nous sommes un pays du bord du goufre et non pas au bord. Structurellement, le Liban a été en effet conçu ainsi: pour être sur le fil du rasoir. Messieurs les constitutionnalistes de 1926, messieurs les politiciens d’hier et d’aujourd’hui: nous ne vous sommes absolument pas gré, vous n’avez jamais su ou pire, voulu, instaurer des institutions plus rassurantes et pérennes… Et peut-être aussi conviendrait-il de nous en prendre à nous-mêmes, nous autres les citoyens, les gens ordinaires, nous autres de la société civile. Qu’avons-nous donc fait? N’est-ce pas là que le bât blesse, également?

Accuser les autres, les autres pays d’ingérence, les autres politiciens de malhonnêteté et de soumission à des politiques étouffantes pour nous, au Liban, c’est un fait commun. Mais n’avons-nous pas à nous faire des reproches à nous-mêmes? Qu’avons-nous donc fait, nous les citoyens, pour déplacer le pays du bord du gouffre et l’amener vers des rivages plus apaisés?

Attentat après attentat, de formation du nouveau gouvernement ajournée en autre formation repoussée du gouvernement à la formule froidement arithmétique (9+9+6 ou 8+8+8) mais qui ne tient aucun compte des multiples difficultés quotidiennes des citoyens dans le pays, elle ne gronde pas encore mais elle monte, elle monte la colère des gens. Et avec elle montent la lassitude et la peur, dans un même et unique mouvement de balancier où les trois (colère, peur et lassitude) varient selon les circonstances, le vécu immédiat des uns et des autres.

Non, nous ne sommes pas des martyrs! Oui, nous refusons de vivre en tant que survivants! Oui j’ai un passeport américain mais je veux vivre au Liban! Oui, nous voulons vivre dans la dignité avec nos proches… Tels sont quelques-uns des cris du coeur de civils libanais, exprimés dans la (seule) campagne qui a pris de l’ampleur, #not a martyr – jusqu’à avoir l’honneur d’un article de CNN.

Non nous ne voulons pas vivre au Liban si cela signifie vivre en sursis, être un martyr potentiel. Aucune cause ne mérite le sacrifice de sa vie ou de celle de ses proches!

Non nous ne voulons pas vivre au Liban si c’est pour être catalogués, répertoriés 8M ou 14M, classés sunnites ou chiites, maronites ou druzes…

Non nous ne voulons pas vivre au Liban si nous ne pouvons (toujours pas) influer sur le cours des choses même les plus simples et immédiates de notre vie quotidienne, comme pourrait le désirer tout citoyen du monde: trier les ordures au lieu de les ramasser et les brûler pêle-mêle à ciel ouvert à peu près n’importe où, filter les eaux usées au lieu de les laisser se déverser directement dans nos rivières et jusqu’à la Méditerranée, généraliser (en subventionnant) l’utilisation de l’énergie solaire abondante, calmer les ardeurs des chauffards ordinaires par une véritable législation du code de conduite et une signalisation routière lisible et sensée… La liste est très longue, elle concerne les infrastructures d’un Etat, sa mise en place et son organisation moderne et uniforme pour tous sur tout le territoire. Non ce n’est pas impossible, ce territoire est vaste comme deux départements français, ou comme la Corse. Il suffit, il suffirait que les volontés convergent enfin!

Qui n’a pas peur, en ouvrant sa radio, sa télé ou n’importe quel site d’informations en ligne, d’entendre le trop familier jingle urgent, de découvir le bandeau rouge urgent, nouvel attentat suicide au Liban… Selon les dernières informations, huit voitures (aux modèles, marques, années dûment répertoriés!) seraient apprêtées pour des attentats. Ces mots, c’était avant l’attentat ‘numéro 2’ à Hermel, ce samedi 1er Février : oui j’ai fini par l’allumer ma radio, malheureusement.

Et qui n’a entendu parler de cette application d’alerte pour smartphones, I’m alive, sensée permettre à celui ou celle qui l’utilise d’alerter très vite ses proches qu’il ou elle… est encore en vie, en cas d’attentat! Entre humour noir libanais et auto-dérision!

Enfin, qui n’a suivi la banalisation des excès de langage et des insultes dans les commentaires des journaux et sur les réseaux sociaux, là où les gens s’expriment sans filet?

Si les mots ont encore un sens

Sur la marée haute de la confessionnalisation des esprits, j’ai l’impression de marcher à contre-courant des vagues. De ne rien pouvoir faire d’autre que dire, écrire, prévenir… Quels sont les moyens du citoyen lamda au Liban? Crier sa douleur sur Facebook? Ou bien sur le bitume, sur un panneau non virtuel mais encore moins réaliste? C’est exactement ce qu’ont fait des mères libanaises aujourd’hui: elles ont crié leur refus, notre refus à tous, de vivre en sursis. Et de faire vivre nos enfants en sursis. Si les mots ont encore un sens…