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J’avoue bien volontiers que les mots me lâchent, que je ne sais plus où j’en suis, où nous en sommes au Liban sur le « be Lebanese, live as Lebanese… » (et non, pas « die as…« , pas « die » du tout même – et encore moins en « martyrs« !) en ces jours d’une étrange saison hiver-été de février. Livrés à nous-mêmes? Oui, et à tous les excès que cela signifie, d’attentat en attentat, en l’absence de l’Etat souverain sur son territoire – via l’armée en particulier. S’il faut le préciser, ce billet traduit un mal-être (libanais) plus qu’il n’essaie de procéder à une (énième et vaine?) analyse de situation.

Gaza, une prison à ciel ouvert: l’image – et sa réalité, cruelle – est connue.

Liban, un pays-prison? La comparaison peut paraître osée ou exagérée: mais à bien y réfléchir – il suffit de regarder autour de nous – le pays est en train de devenir un territoire d’enfermements, un pays à cloisons.

Au sein d’une superficie réduite (nos très sacrés 10.452 km2) il y a à la frontière de l’extrême sud-est les fermes de Chebaa, un micro-territoire (hyper) stratégique en mal chronique de souveraineté, occupé par Israel. Et puis les autres frontières du pays en partage avec l’autre grand voisin, la Syrie: elles sont toutes perméables, toutes sujettes à des flux d’entrées-sorties de personnes (des milliers de civils, réfugiés fuyant la guerre et ses misères), de marchandises, d’idées de toutes sortes, jusqu’aux voitures préparées pour exploser au milieu des civils.

Quant au nombre  total de résidents dans le pays: qui peut savoir?! Il y aurait 4 millions de Libanais (plus  des milliers de travailleurs étrangers venus d’Ethiopie, de Madagascar, du Bangladesh etc. etc.), près d’un million de Syriens enregistrés au HCR en tant que réfugiés (sans compter les milliers de Syriens qui ne sont pas répertoriés et qui peuvent habiter soit dans des appartements de luxe ou ordinaires soit des baraquements précaires, dans des camps ou sous n’importe quel toit branlant), près de 400.000 Palestiniens, ces éternels oubliés dans leurs propres camps.

Qu’est-ce qu’un « camp »? Le pays est plein de camps de toutes sortes, nous vivons de plus en plus en slalomant entre des camps!

Il y a les camps des réfugiés palestiniens (et leurs descendants), les camps des réfugiés syriens, les camps politiques (8 et 14 mars), les camps confessionnels-géographiques dans les villes (quartiers ou morceaux de rues délimités comme chiites, sunnites, alaouites, etc.), dans les régions…

Et tant bien que mal, nous organisons nos déplacements entre ces cloisons…

Sur fond de tant et tant de petits et grands écarts si quotidiens, si ordinaires, de la civilité… tant et tant de polémiques inutiles (cf. la désormais célèbre poitrine de la skieuse Jackie Chamoun!) en lieu et place de débats sur les meurtres de Manal al Assi et d’autres femmes tuées par leurs époux; les films censurés, les bloggeurs surveillés et jusqu’au scandale vécu par la journaliste R. El Helou qui n’a pu embarquer en avion parce que sur fauteuil roulant… Les journaux sont remplis de ces informations qui montrent un pays aux mentalités de plus en plus frileuses et fermées les unes aux autres.

Oui, la dérive est là. Totale…totalitaire? A chacun son Liban?…

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