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De lieu d’expression de (mes) points de vue et analyses personnels ce blog est en train de devenir, un peu plus d’un an après sa création, une sorte de plate-forme d’expression collective, avec plusieurs signatures et écritures: elles sont toutes civiles, elles sont toutes issues des gens qui construisent au Liban.

Plus que jamais « Liban, Chroniques Civiles » est fidèle à son slogan, un Liban des gens: par eux et pour eux!

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Le titre de ce billet d’humeur , « Ne nous perdons pas de vue », est exactement dans l’objectif de ce blog!IMG_6526

Il a été publié dans le quotidien  l’Orient-le Jour  du 5 juin 2014. Il est signé Tania Hadjithomas Mehanna, une éditrice libanaise qui fait partie des forces vives du pays : de ceux et celles qui veulent aller de l’avant vaille que vaille, malgré le chaos alentour.

« Aux discours haineux, opposons notre culture. Au chaos ambiant, opposons notre civilité. » (Tania H-M.)

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Quand on se penche sur le désastre actuel, on a juste envie de pleurer. Et je fais certainement partie du lot. Je suis inquiète et j’ai peur. Je suis citoyenne lambda d’un petit pays qui n’en finit pas de se ramasser des gamelles, d’encaisser des coups, d’avaler des couleuvres et de se voir lui-même englouti et annihilé au nom de je ne sais quelles idéologies qui ne nous ressemblent en rien. Oui, mais non. Il faut arrêter le désastre. Et quand je parle de désastre, je n’évoque pas la déliquescence des services, la corruption des hautes sphères, l’ingérence des autres pays, l’arrogance sans limites des armes ni la médiocrité des discours. Non je parle de nous. Nous, société civile fatiguée, anéantie aujourd’hui par la lassitude.

Mes frères et sœurs de douleur, ne nous perdons pas de vue. Rappelons-nous qui nous sommes. Notre courage permanent, notre énergie inoxydable, notre adaptabilité intelligente, nos innovations constantes, nos millions d’expatriés qui reviennent chaque été, notre bonne humeur contagieuse, notre fierté d’appartenir à un pays qui ne meurt jamais. Au lieu de froncer les sourcils, ne perdons jamais de vue que ce ne sont pas quelques dizaines d’années de pitoyable déviation qui vont faire reculer cinq mille ans d’histoire. Ce n’est pas parce que le pays semble se rétrécir qu’on a le droit de rétrécir nos visions, nos attentes, nos points de vue, nos devoirs nationaux, nos rêves, nos ambitions et surtout notre amour pour ce pays. À l’arrogance, opposons notre constance. À la bêtise, opposons nos innovations intelligentes. Aux discours haineux, opposons notre culture. Au chaos ambiant, opposons notre civilité. Aux roulements de tambour, opposons notre optimisme. À l’ostracisme, opposons notre mode de vie. Il est bien des manières de mener un combat et se tenir là, imperturbable et confiant, travailleur et courageux, positif et vivant est la meilleure façon de sortir victorieux.
Au début ils vous ignorent et ensuite ils vous raillent puis vous combattent, mais à la fin c’est vous qui gagnez (Mahatma Gandhi).

 

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