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Ce texte est paru ce jour, le 18 juillet 2014, dans la rubrique Opinion du quotidien libanais l’Orient-Le Jour. Il est d’une grande qualité humaine, que j’ai voulu saluer en particulier en le re-publiant ici, dans ce blog ouvert aux gens: aux civils et non aux idéologies.

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De Gaza en passant par la Syrie et tous les fronts chauds de la planète où l’on abat des êtres humains comme du bétail, des enfants, des femmes, des hommes, des vieillards, peu importe, pourvu qu’on les abatte et que la machine à tuer ne (se) rouille pas, une effroyable constatation s’impose. Aujourd’hui, on ne discute plus avec l’autre, on le tue, on l’annule, on l’efface, on le rase, on le gaze. On le « Gaza ». Les raisons de ces tueries sont, elles, variables : expansion territoriale pour le confort des uns, despotisme et tyrannie au pouvoir pour les autres, le résultat est le même : le monde est de plus en plus privé de liberté. Il étouffe, implose, saigne, agonise, se cagoule, s’ostracise, se cantonne. On canonne pour un oui ou un non. On manifeste, on réprime, on tabasse, on insulte. On veut éliminer l’autre. Le limer jusqu’à le faire disparaître.

Parce que l’autre nous fait peur, parce que l’autre ne nous ressemble pas. Il devient l’ennemi à abattre. Il n’est d’ailleurs plus question d’assimilation ou de cohabitation. C’est lui ou moi. Et de préférence moi. Devant l’innommable qui se passe à Gaza en toute impunité et l’holocauste généré par le régime de Damas sur son propre peuple sous le regard complice du monde entier, il ne nous reste plus grand-chose à espérer d’un monde qui a perdu son humanité.

 Pis encore, les mentalités n’ont pas changé.

Celui qui hait le Palestinien de 1975 le hait toujours et accuse le Hamas de prendre en otage le peuple palestinien, et de ce fait, donne à Israël le droit tacite à l’ethnocide.

Celui qui hait le Syrien de 1978 ne fait pas la différence entre le peuple syrien et le tyran, entre le régime qui a ensanglanté le Liban et qui aujourd’hui massacre son peuple. « Tant qu’on tue du Syrien, c’est toujours des Syriens de moins. Après tout, qu’ont-ils fait pour nous lorsque nous étions bombardés nuit et jour ? » Une rengaine qui m’a été répétée jusqu’à la nausée. Bien sûr, et l’on a beau s’évertuer à expliquer qu’il ne faut pas mélanger le tyran et le peuple, rien à faire. Beaucoup plus confortable de se laver les mains du sang des innocents.

Je dois avouer que j’ai moi-même été sous l’emprise de mes haines, de mes préjugés et de mes peurs: que, oui, j’avais applaudi du haut de mes 20 ans les bombardements israéliens sur les camps palestiniens puisque j’étais persuadée que ces derniers étaient la cause du démantèlement de mon pays.

J’ai eu la Syrie en horreur jusque ne pas vouloir la visiter, traumatisée par les séquelles de la guerre sans merci que Assad nous a livrée. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Un pays ne se démantèle pas si ses bases sont solides et saines. Le Liban n’a aucune structure fondatrice et encore moins de fondations. C’est un mirage qui s’est écroulé à la première tempête. Ce que nous avons subi, c’est nous qui l’avons cherché.

 Aujourd’hui je compatis avec chaque Palestinien qui tombe sous les bombardements israéliens, je pleure chaque enfant syrien que le régime décapite. Et je suis fière d’avoir réussi à faire la part des choses, chose que nombre de mes compatriotes sont totalement incapables de faire, prisonniers de leurs préjugés et de leur racisme.

Bélinda IBRAHIM

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