*Premier mot de l’hymne national libanais qui signifie « nous tous ».

 

Pendant que les actes terroristes se poursuivent, fauchant des vies, engagées ou pas, dans un de ces nombreux conflits abstraits, la haine de l’autre s’accentue, aiguisée par nos leaders qui n’ont pas le Liban en priorité.

Et pendant que les hommes politiques n’essaient même plus de prétendre œuvrer pour se mettre d’accord sur la question de l’œuf et de la poule, et qu’ils s’affrontent à coups de bêtises ouvertes, le pays coule.

Allons-nous un jour chanter d’une seule voix ce chant unificateur qui soulèvera l’esprit national ?

Pouvons-nous au moins espérer pouvoir changer les choses ?

Combien de temps faut-il attendre encore avant de voir nos (ir)responsables élire un président et former un nouveau gouvernement qui
fonctionne ?

Pourquoi personne ne sait gérer dans ce pays ?

Pourquoi les autres pays savent le faire et pas nous ? 
Pourquoi ? 
Qu’est-ce qui nous
manque ?

Nous ne savons que briller à l’étranger.

Champions en exportation de cerveaux et de têtes pensantes.

Il est temps de briller chez soi, vous ne trouvez pas ?

Nous vivons dans un brouillon de pays et nous désespérons de pouvoir un jour en voir le propre.

Voilà aujourd’hui plus de vingt-quatre ans que la guerre est officiellement terminée et nous n’avons toujours ni électricité, ni eau, ni routes, ni écoles publiques dignes de ce nom, ni services hospitaliers, ni aides aux personnes du troisième âge, ni sécurité.
 Nous n’avons pas su anticiper nos problèmes. Nous avons laissé nos frontières sans contrôle, sans aucun plan pour organiser le flux des déplacés, sans aucune structure pour venir en aide aux réfugiés…

Notre déroute nous passe sous le nez et nous regardons le film de la descente aux enfers de notre pays en ne nous privant pas de pousser des lamentations de temps en temps, comme si cela allait changer quelque chose.

Combien de temps nous faut-il encore pour traiter nos déchets ? Nous rasons des vallées et des ports historiques pour une poignée de dollars, jusqu’à quand ? Les immondices s’amoncellent dans nos rues, sur les flancs des montagnes, dans la mer… Faut-il attendre que le pays devienne une décharge – et il en est devenu une – pour dire « Dommage ! Le Liban était un beau pays » ?

Combien de siècles encore pour traiter les eaux usées, arrêter de déverser toutes ces rivières viciées dans la mer ?
Combien de décennies pour avoir l’électricité 24 heures sur 24 ? Et l’eau qui va à vau-l’eau en hiver, combien faut-il attendre pour qu’elle nous serve au moment où l’on en a le plus besoin, c’est-à-dire en été ? Et les communications ? Et les routes ? Combien nous faut-il attendre avant de pouvoir emprunter notre voiture sans peur ? Aurions-nous un jour des routes ordonnées, signalisées, éclairées ?

Combien de temps pour que nos enfants, les enfants des rues en premier, soient pris en charge et qu’ils aient accès à l’enseignement ?

Combien d’années encore pour arrêter de mutiler nos montagnes, grignotées ou plutôt dévorées par des entrepreneurs sans scrupules ?

Et aussi : qu’est-ce qu’on attend pour loger les déplacés syriens dignement dans des camps et leur assurer l’aide nécessaire à leur survie, en attendant qu’ils puissent rentrer chez eux ?

Désemparée, je ne sais plus comment agir, chez qui, à quelle oreille me plaindre, ou à quelle porte frapper, et je me demande si réfléchir aux problèmes de mon pays sert à quelque chose. S’il est encore temps de sauver ce qui reste…
C’est peut-être plus facile de tourner le dos à ces problèmes et de partir, et plus difficile de les affronter, de rester et de lutter.

Désespérée, je retiens ma respiration en attendant que les leaders en finissent avec leurs affronts ridicules, leurs luttes de chaises, de fractions et de chiffres, dans l’espoir d’émerger dans un Liban où se serait opérée une prise de conscience.

Je rêve d’une renaissance.

Mais à chaque tentative, je me retrouve dans un Liban encore plus dévasté qu’avant, je ne vois pas le bout du 
tunnel.

Il faut trancher la tête défectueuse de ce pays, tuer le ver qui le ronge…

Il ne nous reste plus qu’à demander le départ des responsables qui ont tourné le dos à leurs responsabilités, tout en gardant le pouvoir, sans laisser la place à d’autres qui seraient prêts à travailler pour le pays, pour le peuple libanais qui mérite qu’on mette fin à sa longue errance dans les tranchées du
sacrifice.

Nous demandons le départ de tous ceux qui sont à la tête du pays et qui le mènent à sa perte, trop occupés à lustrer leur ego surdimensionné.

Peut-être saurons-nous alors où aller.

Nous aurons la possibilité de choisir ensemble la même étoile sous laquelle nous verrons briller notre petit pays.

Aussi impossible soit-elle, ayons au moins l’espoir de l’atteindre un jour.

(publié dans la page Opinions de l’Orient-le Jour, 24/10/2014)

Publicités