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Pour gagner la bataille contre Daech, on devrait s’inspirer de ce pragmatisme napoléonien. Tant au niveau national qu’international, un minimum de bon sens serait nécessaire. Mais est-ce le cas ?

Avec Daech dans les parages, d’aucuns exploitent la phobie au Liban. Homonymes. Synonymes. Beaucoup de rimes. Lyrisme de propagande. Matraquage médiatique. Tout est bon pour habituer les gens aux raccourcis dangereux. Tout est permis pour conditionner l’esprit humain aux amalgames destructeurs. Les concepts s’entremêlent, les signifiés s’unissent, les signifiants fusionnent. On crée de nouveaux tandems linguistiques. Tripoli-Kandahar. Réfugié-danger. Sunnite-terroriste. Une rhétorique digne des pires heures du maccarthisme se généralise. La chasse aux sorcières est ouverte. Les réseaux sociaux pullulent de haine. Les « sunnerrosistes » seraient partout! Accusons-les de tous les maux. Pointons du doigt leurs politiques. Ciblons les camps de réfugiés. Brûlons leurs tentes, battons-les, humilions-les. Inutile de prétexter une pseudo-modération, ils ne nous auront pas avec leurs paroles mielleuses condamnant Daech et soutenant l’armée. Pas d’hypocrisie!

En bandeau ou en cravate, jihadiste ou milieu d’accueil, sunnite-salafiste-wahhabite-takfiriste-extrémiste-barbare : tous les mêmes, tous terroristes! Impressionnant. En stigmatisant toute une communauté, ces marchands de haine croient pouvoir vaincre l’extrémisme avec du racisme. Que du bon sens.

Arrivent les trois mousquetaires. Épris d’un élan chevaleresque, ils proposent leurs services désintéressés pour combattre Daech.

En tête de liste, une milice qui sape quotidiennement l’autorité de l’État libanais veut maintenant le protéger et chante les louanges de sa souveraineté. Une milice qui s’octroie le droit de négocier pour récupérer ses combattants-prisonniers sans recourir à l’État libanais critique ce même État s’il envisage de négocier afin de libérer ses propres soldats puis, plus conciliante, lui dicte des directives de négociation.

Le terreau de la wilayat el-faqih et des gardiens de la révolution s’érige également en bouclier antiterroriste, défenseur des libertés. Il voudrait peut-être faire profiter le monde de son expertise acquise, à partir des années 80 à Beyrouth, Koweït ou Paris, en matière d’attentats divers et autres enlèvements.

Enfin, cerise sur le gâteau, l’artiste-boucher, le spécialiste des assassinats politiques au Liban, qui a à son actif fabuleux plus de 200 000 morts en Syrie, veut aussi présenter ses lettres d’accréditation pour éradiquer le terrorisme. Blagues ? Non, que du bon sens.

Qu’en est il de l’autre camp? Septembre 2013. Fin de non-recevoir. Les gazés de Ghouta et plus de 100 000 morts ne méritent pas une intervention militaire. Désolés, la responsabilité de protéger est difficilement applicable. Ce serait du néo-impérialisme déguisé. Assez de guerres absurdes (Irak 2003) et de périls inutiles pour nos troupes!

 Septembre 2014. Daech attaque les minorités. La responsabilité de les protéger est un devoir moral et juridique.

Sollicitée (Irak) ou non (Syrie), une intervention militaire internationale s’impose. Clair. Net. Précis. Concis. Deux poids, deux mesures dites-vous ? Non, pas du tout. Du pur bon sens.

Malgré leurs graves fautes, les États-Unis savaient peut-être mieux se désengager. Il est bien révolu le temps de la « vietnamization » et de la « Madman Theory ». Nixon doit se retourner dans sa tombe. Kissinger, lui, préférerait écrire pour mieux supporter le paysage cataclysmique. « World Order ». Mais qu’a-t-on fait de sa chère superpuissance ? Le « madman » a changé de maison, il est désormais au Kremlin, il fait ce qu’il veut en Ukraine.

Au Moyen-Orient, le bateau prend l’eau, l’eau bas-mât n’est pas bon signe. Suite à un retrait hâtif, l’Irak est offert en cadeau à l’Iran. Les hésitations du capitaine américain face aux massacres en Syrie frôlent la mascarade. Cherchant à tout prix à sortir de l’abîme de l’injustice et de la mort, certaines populations pactisent avec le diable. Le vide est rempli par les ultra-extrémistes. On coule.

Le capitaine se réveille. Hissez haut, Santiano! 18 communautés, 400 tonneaux de poudre. Le capitaine reviendra depuis San Francisco.

Encore?! On ira tous au paradis cette fois-ci, à cause de son absence de stratégie. Il veut résoudre uniquement les conséquences de l’extrémisme sans s’attaquer aux causes directes de son expansion.

Que faire? Lettre à la France? Retour à l’expéditeur. Destinataire absent, adepte du suivisme en politique internationale. Il faut l’excuser, il est occupé à savourer les mille feuilletons à l’eau de rose, nappés d’impudeur, confectionnés par les petits soins d’une apôtre de l’arrivisme vindicatif qui fait ses derniers sursauts dans les flaques de la pseudo-victimisation sucrée et se débat avec les dures tablettes de l’amère déception (95 % cacao de jalousie compulsive). C’est tout ce qui nous reste comme hommes d’État, dirigeants de grandes démocraties. Des leaders-price.

Prenez-vous les chèques ? Les tickets-restaurants alors ? Que du pétrole et des contrats ?! Est-ce, au moins, le bon sens de la file d’attente ?

(publié dans la page opinions de l’Orient-le Jour, septembre 2014)

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