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Nous sommes nées des entrailles de cette terre. La terre de nos grands-parents, la nôtre, celle de nos enfants et plus tard de nos petits-enfants.

Cela étant dit et avant d’élaborer, commençons par la fin.

Nous, les femmes du Liban, d’Achrafieh, de Tripoli, de Bickfaya, de Tyr, de Rachaya et de tous les coins du pays du Cèdre, chrétiennes, musulmanes ou druzes, nous n’accepterons plus de ne pas bénéficier des mêmes droits en matière de citoyenneté que nos frères, cousins, voisins, amis et hommes du Liban.

Aux gouvernants du pays, le message suivant : vous dites que vous avez peur pour le Liban, et que nous accorder le droit de transmettre notre nationalité à nos enfants exposera le pays à des risques, le risque d’un changement démographique quelconque, d’un déséquilibre confessionnel, d’une implantation des Palestiniens, de grands malheurs.

Même si nous ne partageons pas vos « craintes », nous ne perdrons plus notre temps à essayer de vous convaincre du contraire, puisqu’il est évident que vous n’avez aucune volonté de réparer le grand tort que la loi, injuste et anticonstitutionnelle, de la nationalité nous a fait et continue à nous faire.

Par contre, nous sommes intransigeantes sur le principe de l’égalité des citoyens devant la loi. Principe assuré par la Constitution libanaise et les traités internationaux que le Liban a ratifiés. Alors, puisque vous ne « pouvez » pas nous « donner » notre droit, fondamental et naturel, de partager notre citoyenneté libanaise avec nos enfants, nous exigeons un amendement de la loi, qui ne « met pas le pays à risque » et qui nous garantit l’égalité en droit.

La loi amendée de la nationalité stipulera: est libanaise toute personne née de père et de mère libanais.
Voilà des décennies que nous nous battons pour notre droit, si juste, de partager notre identité libanaise avec nos enfants. Votre réponse? Un refus net et catégorique d’amender la loi.

Et avec une certaine condescendance, des députés nous ont proposé, à travers les médias, de petites mesures pour alléger les souffrances des Libanaises mariées à des non-Libanais. Mais ce n’est pas la charité que nous demandons! Non! Nous voulons notre droit, naturel, fondamental et juste, à une pleine citoyenneté!
Rien de moins!

Pour rappel : la loi de la nationalité, vieille de 90 ans, accorde à l’homme libanais le droit de donner sa nationalité libanaise à sa femme non libanaise – qu’elle soit palestinienne, iranienne, saoudienne, américaine ou autre. Elle lui permet de transmettre sa nationalité à ses enfants.

Et – j’espère que vous êtes assis – cette loi accorde à l’épouse étrangère, naturalisée grâce à son mariage avec un Libanais, le droit de transmettre sa nouvelle nationalité aux enfants mineurs qu’elle aurait eus avec un ex-mari non libanais si son époux libanais décède!

La même loi qui nous empêche, femmes du Liban, de transmettre notre nationalité à la chair de notre chair, à nos propres enfants.

Mon cri a toujours toutes ses raisons d’être. Cet article est paru dans L’Orient-Le Jour du 7 mars 2014.

Roula AZAR DOUGLAS est journaliste, membre du groupe de Conseil 
de la Société Civile de l’ONU-Femmes pour les États arabes

 

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