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Dalieh, un des derniers carrés d'espace public sur la corniche de Beyrouth (crédit photo  S. Tarraf, avril 2014)

Dalieh, un des derniers carrés  d’espace public  sur la corniche de Beyrouth, en grand danger de privatisation (crédit photo S. Tarraf, avril 2014)

 

Article paru dans l’Orient-le Jour du 23-05-2015

Le retour des beaux jours donne comme une envie de se prélasser, de profiter du beau temps et de la douceur de vivre. Les expatriés s’annoncent déjà, venus revoir leurs proches restés au pays, s’enivrer de chaleur, de mezzés et d’amour. Les touristes étrangers ne viendront pas en masse cet été au pays du Cèdre. Le citoyen le sait pertinemment bien. Même s’il fait beau et si le soleil brille. Même si la mer est d’un bleu intense et si la montagne invite à la promenade.

La situation est tellement précaire. À la frontière syrienne, le canon tonne. Ailleurs, les sensibilités communautaires sont exacerbées, amplifiées par la présence de tant de réfugiés. Les dérives sécuritaires sont fréquentes, hélas, avec leurs lots d’enlèvements, de règlements de comptes, de liquidations. La dernière découverte en date d’une voiture piégée à Ersal n’est pas pour arranger les choses.

Même le quotidien n’a rien d’une sinécure. Comme chaque année, les vacanciers devront vivre au rythme des Libanais. Et jongler avec les pannes de courant, la pénurie d’eau, les embouteillages ou l’insécurité sur les routes. Ils devront s’accommoder du manque de plages publiques et d’une mer à la propreté douteuse. Ils devront fermer les yeux sur les flagrantes atteintes à l’environnement, qui enlaidissent jusqu’aux coins les plus paradisiaques de la montagne libanaise. Ils devront se résoudre à flâner dans une capitale qui perd son âme, renie son histoire et malmène ses piétons. Ils devront faire avec la corruption et le « bassita » à la libanaise. Quant au coût de la vie, n’en parlons pas. Ils ont beau vivre à Paris, New York ou Dubaï, ils n’en reviennent pas, les expatriés, de payer si cher leur séjour au pays de leurs racines.

Les deux campagnes annoncées à cor et à cri sur l’hygiène alimentaire et l’application du nouveau code de la route ne changeront rien à la morosité ambiante. Louables certes, c’est dans la durée qu’elles devront s’installer pour faire leurs preuves. La fin de l’été permettra juste de faire le point. Mais à elles seules, ces deux campagnes orphelines ne peuvent prétendre faire du Liban une destination estivale idéale.

C’est à tous les niveaux que le changement est attendu. Aussi bien social qu’environnemental, économique ou politique. Un changement radical et en profondeur qui donnera aux vacanciers l’envie de revenir, encore et encore. Mais qui redonnera surtout confiance au citoyen, fatigué du rafistolage « à la libanaise » et d’une classe politique indifférente à ses appels.

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