Une façon de dire et d’écrire superbe, tout en force et sensibilité! À découvrir!

OUTSIDERS

ernest-pignon-rimbaud-600x450 Ernest Pignon Ernest, « Portrait de Rimbaud sur les murs », 1978-1979

Je ne suis pas née avec les mots. Ecrire me fait peur, me dérobe. Quand on vient d’un monde ouvrier, immigré, on a honte d’écrire, on se sent illégitime. On se soumet au tribunal de la prose bourgeoise pour infraction langagière. On comprend tôt que pour penser, il faut posséder l’énonciation – leur énonciation. Les gens comme nous en sont dépossédés.  Il y a des locuteurs légitimes, des discours socialement acceptables. Moi, je flingue leur grammaire. Je bute leur orthographe. Je séquestre leur verbe. Je cambre et brise la raideur de leur syntaxe. Leurs mots, je les vole, les emprisonne; désormais, ils m’appartiennent.

Ecrire, c’est être traversée, c’est être dépouillée. On parle, dans un premier temps, avec pudeur; c’est encore l’hiver de la retenue et des paroles. Puis nos cœurs s’emballent, nous réchauffent pour entrer dans l’intime des mots. On sent la chaleur des lignes, la brulure du verbe, les cendres de la langue. On se livre à l’autoportrait de ses cicatrices. L’écriture est une urgence. Vitale. Charnelle. Comme le pain et le vin. Des moments de fébrilité toujours intenses, brutaux qui capturent à…

View original post 433 mots de plus

Publicités