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Comment dormir!

Avec les yeux suppliants et épuisés de questions de Mariam qui cherche son fils Maher, disparu à l’âge de 15 ans. Et qui ne veut rien savoir d’autre que ce qu’est devenu son fils. Mort ou disparu? Rien d’autre, aucune explication ou tentative d’aide psychologique ne lui est utile. Sa vie est suspendue à une date, le 17 juin 1982, jour où Maher n’est plus rentré à la maison. Dans toutes ses toiles et ses pensées, le visage encore enfantin de Maher. Mariam est toutes les mères, soeurs, épouses de disparus de la guerre.

Avec les yeux baissés et cernés d’Assaad qui fait face à son lourd passé et voudrait que les nouvelles générations ne commettent pas les mêmes erreurs et monstruosités que lui, un parmi ces milliers de miliciens de base ou dirigeants qui ont « tout fait » comme il le reconnait. Tout: toutes les tueries de temps de guerre. Daesh n’a rien inventé (sauf l’accoutrement et les gesticulations théâtrales). Assaad représente tous ceux, snipers, miliciens, résistants et autres combattants – leur titre ou « rang » importe peu – qui ont les mains sales, rouges du sang qu’ils ont fait couler.

Avec les questions insistantes et courageuses de la jeune réalisatrice Eliane Raheb, qui n’a assurément pas connu « la guerre »; elle es trop jeune et elle veut savoir, elle veut comprendre. Elle pousse à bout, au bout de lui-même et de son lourd fardeau, Assad.
Et elle pousse Mariam jusqu’au fond de ses larmes et de sa volonté de trouver une piste, une trace de son fils.

« Sleepless Nights » comme un appel à voir précisément  cette nuit du 12 au 13 avril ce film documentaire: à visionner absolument.
Il est poignant, touchant, avec des scènes extraordinaires : comme ce face à face entre Mariam et Assaad dans la salle d’exposition de l’ONG Missing sur les visages de tant de disparus de la guerre, où elle hurle violamment sa douleur au visage d’Assaad. Ou bien, à la fin, lorsqu’Assaad s’habille tout en noir en simple clown triste au nez rouge et puis chante le Métèque de G. Moustaki!

Ce film est important et salutaire pour comprendre comment et pourquoi on tue – et qui tue: des personnes comme vous et moi, lorsqu’elles sont mises/enfermées dans un contexte idéologique très particulier.

Un tel documentaire est un travail à saluer; avec sa touche particulière, il rejoint d’autres oeuvres cinématographiques et documentaires qui interrogent la guerre libanaise et ses acteurs (miliciens et civils) au plus profond; le film « Héritages-Mirath » de Philippe Aractingi est le plus récent d’une série de travaux sérieux, de fond, de réalisateurs/trices libanais(es). La littérature « de guerre » n’est pas en reste, dans cette recherche d’exhumation individuelle et collective de douleurs et souvenirs enfouis. Non seulement un besoin, cela est une nécessité commune pour enfin « faire pays » (watan)!

Et face à une telle nécessité… le silence officiel continu, le déni, le refusé, le refoulé. Jusqu’à quand? Un pays ne peut aller de l’avant sans souvenirs communs, sans une élaboration (construction/ reconstruction) commune de son passé, de son histoire la plus douloureuse! Pourquoi ce refus de l’histoire? Et pourquoi le 13 avril n’est-il toujours pas décrété jour du souvenir des disparus et des morts d’une guerre fratricide, meurtrière?

 

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