Communication Prioritaire – Alexo XENIDIS (une lecture, par Souha Tarraf)

C’est un tout petit livre déstabilisant dans sa présentation: il n’y a pas de numérotation aux pages, le caractère est celui d’un mail très ordinaire (andale mono, taille 10) – mais il est imprimé sur du papier velin épais et luxueux! On est loin des drafts de mails imprimés sur banal papier-listing. Et sur la couverture, un dessin inquiétant, celui d’un animal reproduit à l’identique sur la façade de sa maison-tanière; l’entrée de celle-ci est noire comme la mort.

Déstabilisant dans son titre le livre l’est aussi dans son contenu, à plusieurs clés! Où il est question de Finalisation, de Restructuration, d’effet-Miroir « destiné à masquer l’avancée de nos travaux (de restructuration) aux pouvoirs en place » et enfin de de Tri sélectif : le lecteur a l’impression d’être embarqué dans une scène théâtrale en plusieurs actes.

Densité du propos, ampleur du projet, le lecteur est cueilli à froid de suite, dès la première page, par un premier message – bien sûr – du CIEL (un certain Comité International Exécutif Libre) très inhabituel, menaçant et déconcertant.

Esquisse de poétique politique, cette Communication Prioritaire se déploie en deux temps, deux tons, deux phases voire trois, avec une rupture radicale pour la dernière « phase » – là où se passe, s’impose une réappropriation radicale du « moi », une reprise du jeu/ »je » personnel en sorte d’ajustements lexicaux. Un peu surpris après deux phases remplies d’injonctions neutres, on assiste à une installation de repères très individualisés où les mots retrouvent leur chaleur, leur tissu, leur force expressive et démonstrative.

Par-delà la première communication générale, celle-ci semble en fait le véritable « message » à faire passer. Elle est très courte (2 pages) mais dense, elle consiste dans une ré-appropriation radicale du « je », des mots, du choix des mots, comme un choix/une option définitive, radicale, de vie. On y respire, on aime ces jeux de mots où le « je » est enfin retrouvé, exaucé!

Avec ce petit ouvrage-essai, j’ai lu un message majeur: arrêtons ce monde de faux-semblants, de faussaires de mots et d’injections. Parlons, exprimons-nous vraiment! Ré-approprions notre « je », notre véritable « je » personnel, l’essence de nous-même, retrouvons le vrai, jetons l’inutile, le construit, le faux, le faussaire (en tout: dans les émotions, les sentiments, les relations).
Un mot d’ordre (et de désordre) : Tendresse. Tendresse, toutes!

Extrait: au sujet du mot Amour, « sérieusement tapé, râpé sous toutes les coutures »
« Je réfléchis, retrouvant mes esprits, et le jetais dans le sac, non sans lui avoir collé une beigne en majuscule corps gras 45 ».

J’ai lu un message « subliminal » à l’attention du lecteur : ce que vous vivez aujourd’hui d’horreurs en guise d’informations quotidiennes aurait pu être du faux, du virtuel si vous aviez bougé, si vous vous étiez soulevés. Mais vous êtes restés tranquilles, (le croyez-vous!), soumis en réalité, derrière vos écrans/miroirs. Et le monde s’effondre vraiment sous vos/nos yeux apathiques, incrédules, ébahis. Parce que vous restez prisonniers (à l’injonction) d’un « nous », d’un collectif étouffant, abrutissant votre/notre volonté.

Et je me mets à espérer que ce texte soit un script, un « essai » vers une construction de type roman. Les principaux ingrédients de base sont prêts et l’on est très curieux de suivre un développement détaillé de la proposition de cette Communication Prioritaire.

Ouvrage paru en mai 2018, éditions TARMAC

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