Etranges moeurs libanaises! De nos us et coutumes, etc.

LEBANON 1986 copyright Sari SALIBI

LEBANON 1986 copyright Sari SALIBI

 

A la manière de Ritta BADDOURA qui a ainsi fait connaître son blog, créé au cours de la guerre vers une « victoire divine » en 2006:

 » Après « Martine à la plage » et « Candy au pensionnat », voici « Ritta parmi les bombes »! « 

Pour ma part, je pourrais annoncer:

Après « Astérix et les Gaulois » et « Tintin au Tibet« , voici « Souha au pays des Libanais »!

Nous autres Libanais sommes en effet des spécimen tribaux particuliers, il en faudrait des Tintin, des Astérix et des Superman (ou Supermen) pour comprendre nos rites traditionnels et les évolutions de nos us et coutumes, parce que nous devenons de manière régulière (ou rituelle?!) collectivement suicidaires!

Et puis, je me suis contentée de nommer ce blog Chroniques Civiles : dans un pays du bord du gouffre, mon ambition est de placer le civil qui nous manque tant au coeur des mots, au coeur de ces suites sur l’incivilité ordinaire.

Mon but est d’essayer de raconter la vie des gens avec leurs contradictions : écrire à partir du Liban d’en bas ou du moins du Liban « ordinaire », et non pas reproduire les discours sans fin et les vaines empoignades politiciennes.

Et plus largement, parmi les centaines d’autres blogs libanais (et moi et moi et moi!), mon but est que ce lieu soit un espace d’information et de communication ouverte et surtout directe, de la rue et pour la rue, entre citoyens par-delà les affinités politiques et religieuses des uns et des autres. Parce que nous sommes des gens absolument « normaux », nous pouvons être Libanais, de toutes confessions et de toutes convictions politiques possibles et nous parler calmement, avec civilité! Le « vrai » Liban ne sera jamais ni seulement musulman, ni seulement chrétien, ni seulement musulman chiite, ni seulement musulman sunnite, ni seulement chrétien maronite, ni seulement chrétien grec-orthodoxe, etc. etc. La liste des confessions qui composent « notre Liban » est (heureusement!) longue !

Communiquer est sûrement l’un des traits du manque dans le Liban d’aujourd’hui: discuter, parler, échanger vraiment entre nous, les individus citoyens, sans intermédiaire ni de tel journal ou telle télévision à la solde d’un parti ou d’une mouvance politique (quels qu’ils soient), ni du zaim ni du chef religieux ni du mukhtar ni… de quelque chef que ce soit.

Quant au Liban… dans ce petit bout compliqué de territoire, nous avons atteint un seuil élevé de saturation pour nos petites et grandes misères de chaque jour… un seuil élevé de « taatîr » (misère)! C’est que, plus de 20 ans après la fin officielle de la guerre au Liban, les services élémentaires pour la vie quotidienne sont mal et inégalement assurés. Les multiples problèmes liés aux infrastructures et services, eau, électricité, téléphone, internet, égouts, routes et circulation restent notre pain noir quotidien le plus communément partagé.

Quid des ministères sensés s’occuper de gérer ces différents services aux citoyens? La réponse est très simple : ils sont des attributs des partis politiques qui se disputent les portefeuiles les plus riches (dismîn, gras!) en services (khadamât) à proposer à la clientèle électorale. Et les portefeuilles ministériels pas intéressants (pauvres en services) sont rejetés comme des patates chaudes, ils sont souvent pris à contre-coeur.

Que le bas peuple se débrouille!

Saturation… les bougies, le générateur d’électricité, l’achat d’eau par citernes font partie des us et coutumes folkloriques de notre rite, pardon, notre culture pour les gens de passage (Libanais ou pas), us et coutumes que nous autres les autochtones aimerions reléguer aux oubliettes! Mais nos chefs coutumiers, pardon nos responsables, ne l’entendent pas de cette oreille: qu’auront-ils à promettre, autrement, d’une élection à l’autre? Nous devons vivre l’esprit constamment occupé par le besoin d’assurer ces services élémentaires qu’ailleurs, dans d’autres contrées plus heureuses, on n’imagine pas surveiller (arrivée de l’eau, de l’électricité, retour d’internet, etc.).

Ainsi, toutes les autres revendications « sérieuses » pour une vie meilleure dans le meilleur des Liban possibles [parmi lesquelles: combattre la corruption à tous les niveaux, combattre le chômage des jeunes, combattre l’illettrisme et le travail des enfants, combattre le système confessionnel, oeuvrer pour un Liban moins pollué et bien sûr oeuvrer pour obtenir de véritables droits civiques tels le mariage civil, la majorité à 18 ans, le droit pour la femme de donner sa nationalité à son mari et ses enfants] – toutes ces revendications sont constamment reléguées à plus tard. Nous en aurons besoin plus tard, pour le moment nous sommes trop occupés à essayer d’avoir de l’eau, des routes moins meurtrières, de l’électricité, un meilleur réseau d’internet et de téléphone. « Le reste » viendra en son temps: un jour, un jour – des paroles, des promesses sans fin.

Enfin, cerise communautaire sur notre gâteau national, un double décalage existe entre les besoins des gens et la pré-réponse du système politique libanais:

– premièrement, quelle que soit la loi électorale concoctée par les députés, chaque citoyen-électeur doit se rendre dans la localité d’origine de sa famille (même si cette famille n’y réside plus depuis plusieurs générations!) pour élire députés, conseillers municipaux et mukhtar-s. Il doit exprimer ses choix politiques non pas là où il réside et travaille (le lieu de sa résidence principale), mais là où reste conservé son dossier familial d’état-civil. Il est quasiment impossible d’obtenir le transfert de ce genre de dossier vers le lieu de sa résidence principale, à de rares exceptions près.

– deuxièmement, le citoyen libanais vote obligatoirement en fonction de sa confession religieuse d’origine et pour des représentants élus en fonction de leur confession religieuse, au XXIème siècle! Le Libanais ou la Libanaise point à la ligne, cela n’existe pas : au moment de mettre le bulletin dans l’urne on est Libanais et maronite, Libanais et sunnite, Libanais et arménien-orthodoxe etc… Marhaba Liban-message!

Au cours du colloque Mémoire pour l’avenir (publié par Dar an-Nahar en 2002), l’écrivain libanaise Dominique EDDE  relevait l’humiliation des gens, l’humiliation collective subie durant les années de la guerre au Liban et dans l’après-guerre: nous en sommes toujours là. Des peuples arabes se sont soulevés au nom de la Dignité. Pas les Libanais, beaucoup trop divisés.

Voilà pourquoi, à l’époque du village global, je lance ces chroniques… d’un petit village gaulois d’un autre genre!

– Deux ans après le lancement du blog en Avril 2013, je n’ai rien à changer sur le fond de cette présentation. On peut noter que les signatures des posts sont de plus en plus diversifiées et que les chroniques – posts s’orientent vers le social et le littéraire avec bien sûr en arrière-plan le Liban (même par éclats, même improbable).

Souha TARRAF

Contact: libanderives@gmail.com

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