Liban: vers le crépuscule des idoles? #طلعت_ريحتكم ‪#‎youstink‬ (S. Tarraf)

#طلعت_ريحتكم #YouStink

La désacralisation des zouamas et des familles politiques libanaises est en marche… « tous yaani tous »!!!

Ce soir aura lieu la grande manif, espérons très fort qu’elle sera une fête des citoyens libanais en tant qu’individus, non récupérés au final par un ou des partis ou mouvances politiques existantes sur une base confessionnelle et politique « traditionnelle » – d’un passé qu’on voudrait dépasser.

Ce soir sera un test grandeur nature de la capacité des Libanais d’être des citoyens libres et égaux, mûrs, responsables.

Tout ne fait que commencer ce samedi 29 Août: pour laisser place nette à un mouvement citoyen pluriel et ancré dans la durée, qui saura gérer sa diversité et faire avancer un train indispensable de réformes politiques et sociales, institutionnelles. Le Liban est meurtri, il peut se redresser par l’unité et la maturité de ses jeunes et moins jeunes d’une société civile renaissante.

Yalla « kullun yaani kullun »… La caste politique institutionalisée et auto-prorogée pue depuis longtemps; sans verser dans le populisme, c’est le moment de commencer à briser le mur des tabous. Le mur des idoles.

Ayman

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Tous responsables! Avant extinction totale des Lumières – Souha TARRAF

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 « Daech menace Palmyre et l’Eglise maronite menace la Qadicha… Renan avait dit : « Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé. » Mais apparemment d’une part comme de l’autre, le passé, c’est-a-dire l’héritage historique, culturel, social, religieux, artistique, émotionnel, c’est à aplanir, à supprimer, de même que les montagnes érodées par les carrières, les forêts dévastées, le littoral muré viennent scander la rengaine implacable de ces gens-là, le néant ou l’argent ; le néant et l’argent… »

Jana TAMER (Facebook, 14 mai 2015)

 

Cette réflexion m’a profondément interpellée, en particulier au sujet de Daesh, acronyme arabe de cette mouvance de terreur et de violence qui se fait appeler « Etat Islamique ».  Pourquoi laisse-t-on la région s’enfoncer dans l’obscurantisme, le vil et la médiocrité la plus crasse?

Et qui est-il, ce « on »?!

C’est la société civile internationale (individus et ONG) et les instances politiques, diplomatiques et culturelles.

Nous le savons très bien, J.-P. Luizard l’a clairement analysé, Daesh a recours à des actions traumatisantes et choquantes, qui font (r)appel à des gestes primitifs – immoler des personnes par le feu, tuer ses victimes en les décapitant à l’arme blanche, crucifier des Chrétiens, détruire des bibliothèques et saccager des sites archéologiques des plus précieux au monde. [A quoi sert-il de réagir a posteriori, comme ici en France, lorsque le mal est fait?!] Et toujours dans un cérémonial filmé et téléchargé sur Youtube, Twitter et tous types de supports. Un objectif est clair : terroriser, traumatiser, impressionner (et attirer!) les publics occidentaux. Daesh veut DEFIER le monde.

Ce sont les armes de « communication du faible » décrypte François Burgat: « quand on est en situation dominante, on n’a pas à essayer de dominer l’adversaire » –  en comparant Daesh et l’action meurtrière à grande échelle du régime syrien (entretien RFI, 3-9-2014, cité par N. Hénin dans Jihad Academy, 2015, Fayard, p. 107-108) : choisir des actions-choc, effectuer des opérations traumatisantes pour l’ensemble de la planète, dominer les esprits déroutés par les révolutions technologiques et culturelles en cours. Oui mais ces armes restent meurtrières et destructrices et il faut essayer d’y faire face sur un pied d’égalité, comme le souligne la Directrice Générale de l’Unesco, Irina Bokova, en lançant depuis Beyrouth la campagne #Unite4Heritage.

« De jadis jusqu’à naguère, nous vivions d’appartenances: français, catholiques, juifs, protestants, musulmans, athées, gascons ou picards, femmes ou mâles, indigents ou fortunés…, nous appartenions à des régions, des religions, des cultures, rurales ou urbaines, des équipes, des communes, un sexe, un patois, un parti, la Patrie. Par voyages, images, Toile et guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé. Ceux qui restent s’effilochent » (Michel Serres, p.15, 2012 Petite Poucette, éd. le Pommier).

Cette analyse du philosophe français est valable transposée sous toutes les lattitudes ; en effet, en moins d’une génération, Internet a dynamité les liens sociaux, culturels, politiques, territoriaux anciens. Daesh l’a bien compris  : les repères et les rapports des individus aux collectivités sont en plein bouleversement. Dans ces interstices de vide ou de flottement social, culturel/identitaire etc. s’infiltrent les images les plus horribles de notre déshumanisation, celle-là même que Daesh symbolise et matérialise en même temps.

Alors, est-ce verser dans la paranoïa ou le complotisme ou même l’arabisme orgueilleux que de se poser cette question-là, la répéter: pourquoi laisse-t-on faire Daesh?!

Il ne s’agit de ma part ni d’un accès de parano, ni d’une complotite, ni d’une vague arabi-nostalgie sur le « malheur arabe »!

Je ne suis pas analyste en relations internationales, je veux juste comprendre en tant que citoyenne libanaise et du monde. Assez de passivité derrière nos beaux écrans aux infos lissées, rabotées, pré-digérées où la coupe de cheveux ou bien le tatouage d’un footballeur-star attire plus de « like » et d’attentions que l’explosion de voitures piégées à Baghdad ou Alep!

Les événements qui ont cours depuis plusieurs années dans cette région du monde me/nous posent question à quatre niveaux, qui sont autant de niveaux de responsabilité :

1 – La responsabilité des pays occidentaux, c’est la plus aisée et commune à repérer : intérêts géostratégiques anciens liés au pétrole, rivalités de puissances, appui de dictatures sanguinaires sans aucune mauvaise conscience « humaniste », et j’en passe.

2 – La responsabilité des pays arabes, théâtres où se déroulent ces « événements ». Elle est très grande, le « diviser pour régner » a été pratiqué sans vergogne ni aucun niveau de conscience humaniste; et  sans parler aucunement d’une « politique arabe » qui n’existe pas, en dehors des nécessités de propagande des uns et des autres.

3 – La responsabilité des instances internationales, elles sont censées faire entendre et promouvoir la Raison, la Culture, l’Humanité. Où sont donc passés les Droits de l’Homme? Ne s’agit-il pas d’êtres humains en Afghanistan, Irak, Syrie, Yémen et ailleurs, qui meurent sans aucun « droit » et sans raison? (et depuis quand meurt-on pour une raison?)

Où sont l’Unesco et l’Onu? A quoi servent donc ces institutions supra-nationales en dehors de compter les morts (et on ne sait même plus qui meurt, combien de gens meurent et pour quelle raison)? Elles sont sensées être au-dessus des intérêts égoïstes et « naturels » des Etats et des politiques!

Le HCR?! Il est là de manière palliative – comme les soins palliatifs en milieu hospitalier! – ; il ne résoud rien, il aide les réfugiés à survivre – littéralement (cf le « cas » palestinien, depuis 1948 avec l’UNRWA). Il suffit de voir comment vivent les civils syriens dans des camps de misère ou bien de s’informer; les documents, articles et photos de presse sont nombreux sur le sujet.

4 – Et puis quoi… où (en) est la conscience humaine? Où est la société civile, locale et mondiale?… Trop de « gros mots »… et pas d’action, même pas de réaction! (4ème niveau de responsabilité)

Daesh aurait-il gagné la bataille médiatique? Impressionner, faire peur… jusqu’à (nous) faire taire?

Le journaliste Nicolas Hénin trouve pour sa part des éléments de réponse à cette action nécessaire dans la diplomatie du politique : « L’humanitaire doit agir, car quel meilleur terreau pour l’extrémisme que le désespoir de populations entières? »  (Jihad Academy, p. 12) .

Pour l’appuyer et le compléter, il y a le point de vue des « citoyens du monde » – la société civile mondiale. Elle existe, individus et groupes divers à la fois dans le monde du virtuel (groupes Facebook, Whatsapp, Viber etc.) et dans le réel, via les ONG. Ces deux niveaux peuvent agir en combinant les deux supports, le « virtuel » avec le « réel », dans un autre type de diplomatie: celle de la pression de l’opinion citoyenne et civile mondiale sur les grands acteurs politiques et diplomatiques (institutions et Etats).

Comment? En ne gardant pas le silence! Parler, dénoncer, relayer les informations sur les civils – et non pas sur Daesh et leurs clones et acolytes!

Nous sommes à une époque où l’image, la prise de parole (orale, écrite) sont majeures dans le relais entre tous les citoyens du monde connectés. Il s’agit de mettre à profit l’outil Internet et tous les réseaux « sociaux » (par ordinateurs, tablettes et téléphones) pour promouvoir l’expression et la parole des gens, pour ne pas garder le silence face aux obscurantismes qui nous menacent. Le combat se trouve aussi là, dans le virtuel, l’un des terrains privilégiés et ciblés par Daesh et ses clones. A chacun d’agir et d’utiliser son pouce (dixit Michel Serres) et son clavier à bon escient.

Gardons la flamme allumée, maintenons donc le peu de Lumières qui nous reste!

Et en toute civilité.

P.S. : Voici un petit film de 1978 sur le site archéologique de Palmyre, inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité (Unesco).

Nous sommes au milieu du mois de mai 2015: les affrontements prévus sur le site de Palmyre ont commencé entre miliciens et mercenaires de Daesh/Etat Islamique et soldats de l’armée syrienne. Espérons qu’ils ne seront pas « réglés » par des bombardements aériens et la destruction du site. Espérons aussi qu’ils ne seront pas suivis par la complainte hypocrite de ceux qui, en Europe et aux Etats-Unis, veulent croire que « les dictatures peuvent constituer un rempart efficace contre l’extrémisme. (…) La dictature est en réalité à la fois le terreau et le carburant de l’extrémisme » (N. Hénin, déjà cité, p. 237). Une dictature qui pourra même prétendre, en toute impunité, agir pour sauver telles minorités en danger ou tel site archéologique menacé…

Ce bateau un peu ivre, un peu arche de Noé, nommé Liban (Souha TARRAF)

 Ceux qui campent chaque jour plus loin du lieu de leur naissance, ceux qui tirent chaque jour leur barque sur d’autres rives, savent mieux chaque jour le cours des choses illisibles; et remontant les fleuves vers leur source, entre les vertes apparences, ils sont gagnés soudain de cet éclat sévère où toute langue perd ses armes (Saint-John Perse, Exil).

Il sera ici question de mouvements de gens (ceux qui partent, ceux qui viennent, ceux qui reviennent) et de sédentarité (ceux qui restent et résistent contre différentes formes d’incivilités), d’Etat et de citoyenneté: telle est la trame de ce post qui tangue un peu!

« Le passeur nous a dit de déchirer et jeter nos passeports, ce qu’on a fait. Puis on a marché des heures et des heures dans une forêt  où le sol est glissant, humide, on n’y voyait rien et il était interdit de s’éclairer pour ne pas nous faire repérer. Quand nous sommes arrivés, sales et crevés à bord d’une petite embarcation tout près des côtes grecques, les policiers nous ont engueulés et empêchés de débarquer, repoussant notre embarcation de toutes leurs forces. Renvoyés. Nous sommes repartis vers la Turquie et dépensé là-bas tout ce qui nous restait d’économies avant de pouvoir rentrer. Tebbaneh? C’est un paradis… Il faut juste que je retrouve du travail… ».

C’est une histoire comme il y en a tant, celle du fils de Oum Mohammad parti tenter l’aventure de l’émigration clandestine vers l’Allemagne et revenu bredouille de « l’enfer » comme il dit, toutes ses économies fondues (sans que je puisse vérifier le détail de tous  ses dires).

C’est une histoire commune et connue: le Liban est un pays de départs et d’arrivées, il a une importante diaspora à travers le monde.

C’est un pays-escale, depuis des siècles. Oublions les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Francs, les Ottomans et d’autres encore et remontons seulement à la dernière centaine d’années: il y a ceux qui sont partis, ceux qui sont arrivés, ceux qui sont passés, ceux qui sont revenus… Les grandes vagues d’arrivées ont été celles de Kurdes, d’Arméniens, de Palestiniens, d’Irakiens et aujourd’hui de Syriens.

Et le pays est resté amarré à quai, vaille que vaille. Ses quais en ont vu des départs et des retours de générations de Libanais, des jeunes célibataires ou en couple, des familles entières, des personnes plus âgées revenant au pays… Au gré des circonstances les mouvements d’hommes peuvent varier mais ils ne se sont jamais arrêtés, ils font partie de la dynamique ce pays. De différentes manières, par des investissements dans tous les domaines (financier, immobilier, foncier, économique en général, mais aussi culturel et politique) ces mouvements traduisent un attachement à l’égard du pays-patrie (watan), à l’égard de ce territoire que l’on résume trop souvent à une jetée d’embarquement (embarcadère) et de débarquement (débarcadère). Outre leur rôle majeur dans le maintien de l’économie libanaise ces mouvements humains participent à l’élaboration d’une territorialité et d’une citoyenneté assumées, au sens minimal d’appartenance à un territoire et à un Etat (sans détailler ici des questions très complexes: oui mais quel territoire ou quelle partie du territoire, oui mais quel Etat…).

A l’heure de l’internet omniprésent, de Facebook à Twitter et Whatsapp et autres, on ne peut en effet ignorer le rôle des flux d’information et de communication dans la construction d’une culture citoyenne (même dé-territorialisée, en jargon de géographe). Des Libanais qui vivent à l’extérieur contribuent donc, en particulier, à la construction de la citoyenneté : un « luxe » (qui est un droit bien sûr) auquel n’accèdent pas toujours ceux qui vivent et essaient de travailler sur place dans des conditions matérielles parfois difficiles. Et comment participer activement à la vie citoyenne dans un pays où convictions et volontés des gens sont des slogans théoriques, mille fois moins porteurs et concrets que travail immédiat, pain quotidien et autres nécessités de base pour un grand nombre d’habitants aux revenus très modestes? Dans un pays où l’Etat, cette entité qui devrait être solide et centralisatrice autour de l’idée de patrie commune et du cèdre-symbole collectif, est empêché souvent par ses propres représentants (officiels et/ou élus) de se développer et se consolider? On bute toujours sur le même point: l’Etat ou du moins l’absence de l’Etat, une absence décriée en choeur… cet Etat à la fois désiré et combattu avec application par tous!

Jusqu’à peu tout cela « fonctionnait », tout cela « tenait » plus ou moins mais ça tenait, le bateau (Liban) était à quai, amarré solidement: « shi aajib bass machi, khash-khash bidoun khash-khashi… bass machi… » ! (Ziad RAHBANI)

Qu’est-ce qui fait que la corde qui retenait notre frêle bateau est en train de lâcher et qu’il pourrait aller à la dérive? Est-ce parce qu’il menace de se briser à force de recevoir des coups et de supporter plus qu’il ne peut – jusqu’à se casser en deux parties (les fameux 8 et 14 mars), voire plus?

Depuis l’année 2005 le pays tangue dangereusement, il vogue et dérive sur place mais il n’a pas cassé, il ne s’est pas fracassé sur le quai, plus exactement entre deux quais (Syrie et Israël) ; sa corde s’est allongée en s’effilochant mais elle n’a pas (encore) lâché.

Et aujourd’hui, quoi? Aujourd’hui, il ne tient qu’à nous (les résistants au quotidien, les civils) : elle (la corde) ne tient que par nous. Nous espérons qu’elle ne lâchera pas et qu’il (le pays-bateau) ne va pas finir par se briser en heurtant un récif imprévu. Mais notre pouvoir d’agir est très limité tant que nous resterons si divisés sur la signification et la configuration de notre maison commune, le Liban. Résidents à temps complet, à temps partiel ou de passage, nous participons tous à l’édification et à la dé-construction permanente des charpentes de la maison (ou de l’embarcation commune) : de manière passive ou dynamique, notre responsabilité de citoyens est engagée, il est donc injuste et insuffisant de montrer du doigt les seuls dirigeants en tant que responsables politiques.

Incivilités vs Résistances: un cycle interminable?

Et que faire d’autre que continuer, résister? Résistance des individus et des groupes de la société civile… Comment une économie, une société peuvent-elles se maintenir dans les conditions extrêmes que traverse actuellement le Liban?

Les élèves et les étudiants qui persistent à ne penser qu’à leurs examens malgré le bruit des tirs ou des bombardements font de la résistance. Les enseignants, les commerçants, les employés, les médecins qui travaillent chacun dans son domaine, les avocats qui persistent à faire appliquer la loi dans un pays dévoré par l’anarchie, la corruption, la militarisation des esprits…en un mot par le manque d’Etat, tous ces gens-là font de la résistance. C’est une résistance silencieuse, civile… et tout simplement citoyenne.

Qui se souvient que des personnalités de la « société civile » se sont réunies à Beyrouth, connues et inconnues du grand public, de tous bords politiques et confessionnels (puisqu’il faut désormais relever cet aspect de notre quotidien), pour lancer le 15 juin dernier un signal d’alarme sous les auspices notamment de l’ancien Ministre du Travail, Charbel Nahas?

Et qui se souvient que les patrons d’entreprises se sont réunis cet été pour tirer eux aussi une énième fois la sonnette d’alarme? Ils ont même organisé une grève en septembre, du jamais vu, une grève de patrons pour réclamer la formation du gouvernement!

Mais personne n’entend tous ces appels. Les groupes politiques, les personnalités politiques ont tous leurs « agendas » comme on dit ici, des agendas liés à l’extérieur et pas du tout aux besoins immédiats des gens. Qu’on se le dise!

Des mots que tout cela, rien que des mots-slogans?… Et que peuvent les mots d’une minorité de gens face aux armes des miliciens-voyous lâchés dans les rues et face aux agendas étrangers?

Traduisons concrètement, pour le cas de Tripoli et le nord du pays: le 17ème round de combats est loin derrière nous, les habitants de Jabal Mohsen et Bab Tebbaneh ont soufflé de même que ceux des autres quartiers de Tripoli, Beddawi, Minieh et toute la région nord. Cet été 2013 la vie a continué, la « saison des mariages » a été bonne comme on dit par ici, il y a eu beaucoup de bombardements « joyeux », c’est-à-dire des feux d’artifice.

Les « petites » bombes trouvées par-ci par-à, les tirs sporadiques, les « petits » affrontements de quelques heures, le temps d’une soirée ou d’une nuit, des gens blessés, un homme tué, les membres d’un service d’urgences hospitalières agressés, ces détails, on ne compte plus… jusqu’aux attentats du 23 août avec leur cortège de morts et de blessés et à l’actuelle reprise des tirs (elle sera sûrement baptisée du doux nom de 18ème round). L’armée libanaise est pourtant à Tripoli et doit appliquer son fameux plan sécuritaire, comme dans la banlieue sud de Beyrouth… Elle ne garantit même pas le passage des voitures entre Tripoli et le Akkar, les conducteurs passent à leurs risques et périls, sous les tirs des snipers. La parade consiste pour les gens à emprunter une autre route, plus longue, cabossée, éreintante mais moins exposée. Ce sont là des habitudes anciennes, des réflexes d’adaptation : il y a eu la guerre de Nahr al Bared en 2007 et au milieu des années 1980 la première phase des combats Tebbaneh-Jabal Mohsen (c’était durant l’occupation syrienne, avec la guerre entre les militaires syriens et Yasser ARAFAT via leurs alliés libanais respectifs).

Ou les petites misères très ordinaires des citoyens-résistants.

Voici l’exemple d’un « résistant-citoyen ordinaire »,  Abou Omar.

Abou Omar a une boutique d’épicerie de produits de première nécessité et surtout fruits et légumes comme il y en a tant qui irriguent tous les quartiers de Tripoli et ses banlieues.

Il se rend au marché de gros en fruits et légumes de la ville, à Bab Tebbaneh, pour s’approvisionner; jusqu’à récemment, début septembre, il y a allait tous les matins ou plus exactement toutes les nuits autour de 3 ou 4 h, comme la plupart des épiciers et vendeurs de fruits et légumes de la ville et des environs.

Les rounds de combats entre Tebbaneh et Jabal Mohsen ont bien sûr changé ce rythme. Et en plus, dans la période récente se sont installés des « gros bras tatoués » comme dit Abou Omar, « kalash d’une main, talkie walkie et portable de l’autre… sous les yeux des militaires de l’armée libanaise ». Ces gros bras filtrent les entrées du souk de légumes dont ils ses sont partagées les ruelles, ils sont de telle ou telle famille-clan, de tel ou tel mouvement politique/religieux; ici à Tebbaneh ils font régner leur loi. Barrages filtrants, intimidations et racket tous azimuts.

Les commerçants en fruits et légumes de Tripoli ont dû changer leurs horaires d’approvisionnement et de fréquentation du souk: mieux vaut éviter les heures de la nuit où le lieu est lâché aux gros bras tatoués, Abou Omar comme bien d’autres préfère y aller vers 6 heures, à la lumière du jour. La marchandise est moins belle, les prix moins intéressants mais le souk plus bruyant et fréquenté, il est moins risqué. Et ce vendredi (début septembre), il est énoncé qu’après 14h, plus de marché – en fait dès midi, avant l’heure de la prière. Qu’on se le dise!

Abou Omar peste contre ces voyous (zaaran) qui font régner leur ordre. Oui il est musulman et pratiquant, oui il a fait le pélerinage à la Mecque – Haj Abou Omar – mais « ces gens-là qui se laissent pousser la barbe, se shootent en avalant des neuroleptiques et je ne sais quelles autres substances et jurent au nom du Coran n’ont rien à voir avec la religion ».

(publié le 24 octobre, revu et complété le 26 octobre)

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Comme un bateau ivre, comme une arche de Noé…

Nous arrivons à un tel niveau de blocage politique et de déprime générale! Suivre les informations quotidiennes devient une véritable épreuve pour une majorité de gens dans ce pays.

Bateau un peu ivre, un peu arche de Noé…. il m’a paru temps de proposer ma lecture sur les quelques houleuses années de l’après 14 février 2005, lorsque nous sommes entrés (à nouveau?) dans l’oeil du cyclone. J’ai pour cela créé un autre blog, spécifique, sous forme de lettres à une amie, écrites dans cette période 2005… et après.

C’est un blog très personnel bien sûr, mais dans le même temps le pronom personnel « je » y est souvent un pronom collectif –  un « nous ». Il s’agit d’un témoignage sur une période qui me paraît majeure pour essayer de comprendre les dérives actuelles du bateau-Liban, pour suivre comment « a vogué le pays », comment ont été ballotés ses habitants au gré de tous les vents… Et comment ils le sont toujours!