Liban: vers le crépuscule des idoles? #طلعت_ريحتكم ‪#‎youstink‬ (S. Tarraf)

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La désacralisation des zouamas et des familles politiques libanaises est en marche… « tous yaani tous »!!!

Ce soir aura lieu la grande manif, espérons très fort qu’elle sera une fête des citoyens libanais en tant qu’individus, non récupérés au final par un ou des partis ou mouvances politiques existantes sur une base confessionnelle et politique « traditionnelle » – d’un passé qu’on voudrait dépasser.

Ce soir sera un test grandeur nature de la capacité des Libanais d’être des citoyens libres et égaux, mûrs, responsables.

Tout ne fait que commencer ce samedi 29 Août: pour laisser place nette à un mouvement citoyen pluriel et ancré dans la durée, qui saura gérer sa diversité et faire avancer un train indispensable de réformes politiques et sociales, institutionnelles. Le Liban est meurtri, il peut se redresser par l’unité et la maturité de ses jeunes et moins jeunes d’une société civile renaissante.

Yalla « kullun yaani kullun »… La caste politique institutionalisée et auto-prorogée pue depuis longtemps; sans verser dans le populisme, c’est le moment de commencer à briser le mur des tabous. Le mur des idoles.

Ayman

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Nous sommes les symptômes de notre mal-être – Bélinda IBRAHIM

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Il suffit, pour le comprendre, de prendre le pouls de la population pour mesurer l’angoisse, la peur du lendemain et le désarroi profond dont souffrent les Libanais livrés à eux-mêmes dans un État en perte de repères… Nous sommes informés, pratiquement quotidiennement, d’un acte de violence accompli avec brutalité, de la libération d’une agressivité qui a dégénéré, de comportements irascibles dans les salons, sur les routes, dans les avions, d’actes impulsifs et irresponsables dans les institutions scolaires ou médicales, etc.

Le Liban est un pauvre petit pays de 10.452 km2 aux frontières poreuses, délaissé par une caste politique qui se restreint à ses intérêts particuliers et identitaires et qui préfère se remplir les poches au lieu de se souder pour affronter l’inconnu qui nous menace. Les pays autour de lui sont en train de tomber l’un après l’autre dans un effet domino qui ne semble pas devoir s’arrêter.

En appendice fidèle assujetti à la Syrie, le sort du Liban dépend bien évidemment de celui qu’on réserve à sa « sœur » exsangue. Nous, simples citoyens spectateurs réduits à des pions, ne sommes plus que des individus livrés à nous-mêmes, sans protection, sans sécurité et surtout sans l’ombre d’une solution à l’horizon.

La seule lumière que nous percevons parfois au bout du tunnel n’est autre que celle des feux d’artifice de ceux qui ont opté pour la fuite en avant, pour la politique de la poudre jetée aux yeux, pour une apparence qui tente désespérément de s’accrocher à des lambeaux de vie qui n’a rien de réel. Quelques happy few cherchent l’oubli dans la fête, l’alcool ou les drogues. Les festivals s’enchaînent dans les coins les plus reculés de bon nombre de régions et de quartiers pour s’auto-persuader de vivre encore dans les années d’avant l’horreur actuelle. Pour s’accrocher encore et surtout à l’idée d’un pays qui n’existe plus en tant que tel.

Un nombre important de Libanais crève la dalle. Une minorité lustre les apparences d’une vie dorée. Le peuple est surtaxé, drainé, épuisé. Les routes sont engorgées, le pays se bétonne par des tours qu’achèteront des promoteurs immobiliers étrangers nous retirant ainsi, en douce, ce qui nous reste de territoire.

De plus en plus de Libanais quittent le pays. Et ceux qui restent n’ont aucun autre choix que de se constituer un mini état dont les limites s’arrêtent à leur porte d’entrée. Ils doivent assurer leur propre électricité, acheter l’eau à coup de citernes et depuis que la criminalité a atteint un pic effrayant, songer à assurer leur propre défense.

De nos jours, il suffit de sortir de chez soi pour être en danger ou pour se sentir en terrain étranger. L’autre, les autres, sont devenus des ennemis en puissance. Ca hurle, ça klaxonne, ça vous jette des pétards autour de votre véhicule si votre tronche ne plait pas et pourquoi pas, ça vous écrase sous ses pneus et ça vous poignarde en face, et non pas dans le dos, en vous regardant dans les yeux devant un public sidéré, absent et amorphe. Et ça vous mitraille aussi. Le pays s’est transformé en une poubelle à ciel ouvert, la guerre est aux portes, le racisme et la xénophobie règnent en maîtres absolus et le constat suivant s’impose comme une terrible évidence: non, nous n’avons tiré aucune leçon d’un passé qui se pressse de redevenir un horrible et sanguinaire présent!

Si toutes ces dérives ont lieu c’est parce que toutes les digues qui renvoient à la citoyenneté et au droit ont été rompues. Et c’est en perte de repères, dans la transformation des lois en points de vue personnels que les Libanais poursuivent leur bout de chemin vers des lendemains qui s’annoncent de plus en plus sinistres.

D’aucuns manifestent ce mal-être profond plus que d’autres, mais nous sommes tous habités par la même terreur: celle des conséquences atroces qu’aura sur nous la folie déchaînée des hommes: cette violence meurtrière qui met tous les jours un peu plus de monde à genoux.

Si l’agressivité est si palpable, c’est parce que nous, citoyens libanais, sommes le symptôme d’un pays aux abois. D’un Liban qui va aussi mal que ses habitants.

Au Liban, même Dieu a son parti pris. Ainsi notre devise pourrait être la suivante: chacun pour soi et Dieu pour tous les membres de son parti et tous ceux qui bénéficient de Son impunité divine.

Bonnes vacances d’été en pleine vacance d’un Etat de droit!

Bélinda IBRAHIM

* Ce texte a été publié dans l’Orient-le Jour du 24/07/2017

https://www.lorientlejour.com/article/1063995/nous-sommes-les-symptomes-de-notre-mal-etre.html

 

 

Et maintenant, on va où? (Souha TARRAF)

La question de Nadine LABAKI est plus actuelle que jamais.

Devons-nous attendre l’étincelle qui va définitivement allumer la mèche, depuis les villages frontaliers du Akkar (Abboudiyé, Wadi Khaled) jusqu’au Hermel et à Arsal dans la Béqaa, puis redescendre à Saïda dans le sud et remonter vers Beyrouth, vers l’arrière pays de Jbail et puis vers Tripoli?

Tripoli? Le front de la  bien nommée rue de Syrie, celle qui oppose les deux quartiers de Jabal Mohsen et Bab Tebbaneh, est calmé depuis quelques jours grâce à l’armée; calmé, étouffé, pas éteint.

Et alors… que de fronts sont en train de se développer, ailleurs! Arsal, Qaa, Hermel, Saïda…

Saïda: qui connait un peu cette ville sait que le quartier aisé de Abra, construit sur la colline où ont eu lieu les premiers combats du « Saïda, round 1 » – et où a lieu en ce moment même le sanglant « round 2 » –  est habité de façon inextricable par des familles de confessions mêlées sunnites et chiites, sans oublier les familles chrétiennes. Les mariages interconfessionnels sunnites-chiites y sont fréquents, l’antagonisme en train d’être créé d’autant plus vicieux.

Je me demande chaque jour comment décrire la situation des gens, comment témoigner du fait d’être de plus en plus à la merci du bon vouloir milicien, ceux qui barrent les routes par la force, qui ferment les boutiques des commerçants, qui tirent sur les civils? D’être dans un pays où l’Etat n’en finit pas de sombrer et où subsistent peu de structures institutionnelles auxquelles nous raccrocher –  toutes sont en train de partir à vau-l’eau : il n’y a plus de gouvernement que démissionnaire, il n’y a plus de Parlement élu mais auto-prorogé, Dar al Fatwa est divisée entre pro et anti mufti Qabbani, le Conseil Constitutionnel est politiquement bloqué…

Reste l’armée, elle encaisse les coups, elle compte ses morts. Avec la Banque centrale, elle est le dernier maillon qui tient encore vaille que vaille d’un Liban à la dérive.

Chaque jour apporte son lot de discours et d’incidents plus ou moins graves, chaque jour ou presque on atteint un paroxisme de tensions. Et de façon surréelle, on annonce les festivals de l’été à Baalbeck, Beiteddine, Jounieh, Jbail… Surréelle oui mais qui n’a pas envie d’oublier les images des miliciens encagoulés et les jours et nuits de bombardements, qui n’a pas juste envie de normalité? Le temps d’une soirée faire une parenthèse et aller écouter Marianne Faithfull, Paco de Lucia, Dee Dee Bridgewater, Marcel Khalifeh et d’autres?

Une parenthèse, juste le temps d’une soirée.

Comme un petit miracle, la fête de la musique a eu lieu dans les rues de Beyrouth ce 21 juin – pas à Tripoli.

Désorientés, littéralement. Nous sommes pris dans un étau qui se resserre mais que faire, partir? Et qui donc peut partir, combien d’entre nous peuvent partir – et où?

Où est la parole des gens, où est le choix des gens? Confisqués. L’heure est aux armes. Des amis, des parents, des connaissances ont passé une nuit d’angoisse à Abra pris dans un déluge de feu, qui dans la cage d’escalier de son immeuble, qui dans un couloir ou encore derrière un pan de mur « sécurisé » de sa maison. Ceux qui se risquent à sortir sont pris sous les tirs des snipers. Examens de fin d’année dans les universités? Epreuves du brevet? Les étudiants et les élèves sont confinés chez eux, dans tel ou tel réduit « sécurisé » d’appartement en attendant de pouvoir (peut-être) terminer leurs épreuves.

Sommes-nous dans la folie d’avant le 13 avril 1975? Pire, nous nous trouvons dans la spirale de l’après 14 février 2005: nous sommes en fin de période de rémission, la maladie confessionnelle est en nous, elle s’est développée comme un cancer.

Pour la première fois, je me vois contrainte d’avoir une prise de position publique, qui est comme une mise à nu: oui, je dois ici affirmer que ma confession d’origine, musulmane et chiite, ne fait pas de moi ni un soutien automatique ni du Hezbollah, ni du Mouvement Amal, ni de l’Option libanaise (mouvement de Ahmad al Assaad) ni d’un quelquonque autre parti ou syndicat confessionnel ni du 8 mars ni du 14 mars!

Je suis et je voudrai être Libanaise – et c’est tout. Absolument rien d’autre que Libanaise, ce qui en soit est un fardeau – je n’ose dire une croix! – à porter. Et que notre « chemin de croix » pour faire un Liban viable, un Liban des gens, est encore long et semé de pièges et d’obstacles!

Alors, on va où?

Mystérieusement, dans un récent entretien télévisé (MTV, Beyrouth, lundi 17 juin 2013), le politologue Ghassan Salamé propose comme nouveau « message » pour le Liban des 10 ans à venir rien moins que… la reconstruction de la Syrie. Perspective pragmatique et économiquement intéressante: pourquoi pas!

Elle est aussi de l’ordre de l’invocation : oublions nos petites divisions intérieures et mettons toutes nos énergies, collectivement, à refaire la Syrie. Comme un retournement de l’histoire?!