Silence… pas d’histoire, pas de mémoire! Un déni de la guerre, d’une génération à l’autre

 

* avec les textes de Sissi Baba (L' »Autre », c’est moi) et Fifi Abou Dib (Adolescences)

 

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Culte, culture du silence… culte, culture de guerre?

39 ans ont passé depuis le 13 avril 1975 avec sa cohorte de morts, de disparus, handicapés, déplacés, traumatisés, ruinés, émigrés… et avec toutes les destructions physiques, notamment du coeur battant de Beyrouth. Et dans les écoles, discuter ouvertement de la guerre n’est toujours pas au programme. Ce jour du 13 avril n’est même pas un jour férié, un jour-marqueur du souvenir pour dire « plus jamais ça »! Non, il reste un jour comme un autre: surtout ne rien dire, ne pas se souvenir… ne pas remuer les (mauvais) souvenirs et faire comme si – reconstruire.

On a reconstruit depuis 1990, bien sûr, des routes, des ponts, des bâtiments, des centres commerciaux, des hôtels… mais il manque tant de passerelles dans les têtes, entre les hommes et les femmes de ce pays! Comment retrouver l’autre sans le montrer du doigt mais en lui tenant la main, regarder l’horizon ensemble, se projeter vers demain ensemble? De génération en génération se perpétue le déni des massacres, des destructions de l’autre… ce qu’on devrait enfin classer dans la rubrique « histoire », « fini » – mais qui reste obstinément partie de notre quotidien puisqu’enfoui et non exorcisé, non exfiltré de nous-mêmes.

Universitaire, Pamela CHRABIEH a pu récemment mesurer ce manque de passerelles en observant un groupe d’étudiants à Beyrouth. De son côté, Elie YAZBEK vient de faire paraître une intéressante étude sur le cinéma libanais, où il montre le poids « invisible » de la guerre (Regards sur le cinéma libanais 1990-2010, L’Harmattan, 2013). Invisible? Le réalisateur Philippe ARACTINGI vient de proposer  avec son film « Héritages » une plongée très personnelle dans les affres de  la guerre, dédiée à ses enfants. En réalité, dans les arts, l’évocation de la guerre est obstinément présente… pour ne pas risquer l’oubli par omission – même si un tel retour sur soi est forcément douloureux. A tout juste 23 ans Maya KHADRA, décrit – expulse! – en quelques pages dans les Derniers jours d’une nymphomane (Ed. Noir sur Blanc, Beyrouth, 2014) un monde de tabous, d’hypocrisies, de violences crues, de « prostitution des consciences » (page 25) – celui des années de guerre.

Les odeurs de « la guerre », son vacarme, sa tension, ses urgences, ses hommes et leurs discours haineux et définitifs… Non, nous n’en sommes absolument pas sortis: elle est en nous, elle court de génération en génération.

Une  journaliste et activiste libanaise, Roula Douglas, a décidé d’ouvrir ce mois d’Avril 2014 une page Facebook intitulée Roula Azar Douglas, citoyenne libanaise. C’est une page déjà riche de prises de position argumentées, d’échanges, d’information sur « être citoyen au Liban » – elle est un apport de grande valeur à ce blog. En particulier sur la question de l’enseignement de l’histoire au Liban, voici ce qu’elle écrit :

« Je ne me rappelle pas d’avoir étudié l’histoire récente du Liban, de manière détaillée et complète, dans un manuel scolaire. Ce qu’on nous apprenait à l’école consistait en une série de grands titres, vaguement abordés, de façon à ne pas érafler la susceptibilité d’une communauté donnée ou d’un groupe politique quelconque. Les mots ambigus choisis avec soin prêtaient à de multiples interprétations. Je ne me souviens d’aucun cours scolaire qui discute des évènements du vingtième siècle antérieurs ou postérieurs à 1943, année de l’indépendance du Liban. Je crains vivement que ce trou dans ma mémoire concernant l’histoire de mon pays, ne soit pas exceptionnel et qu’il ne reflète une lacune similaire dans la mémoire collective des libanais. Celui qui méconnaît son histoire, est condamné à la répéter. Un certain nombre de nos problèmes provient du fait que nous ne sommes pas capables de faire face à notre passé, d’où l’imminent danger de rater notre avenir. » (extrait d’un article publié  sur Facebook/Roula Douglas, 3 avril 2014).

En guise de commémoration de ce 39 ème 13 Avril depuis 1975, j’ai choisi de publier deux textes parus dans le quotidien l’Orient-le Jour, écrits par deux femmes de deux générations différentes. La première appartient à celle de « l’après-guerre »; la seconde est de celle des « rescapés » (comme elle l’écrit) qui ont grandi au rythme des combats, des morts, des divisions, des douleurs recommencées. Comme un échange par écrits interposés qui nous concerne tous, jeunes et moins jeunes, émigrés et « revenus » ou « restés » ici ou là-bas. Un échange sur l’obscénité de la guerre: combien et combien de fois faudra-t-il le dire, l’écrire, le hurler? Et sur le besoin, l’urgence de vivre, se reconstruire autrement plus que de façade. Un échange sur la résistance des civils, au quotidien, toujours pas prise au sérieux par des « responsables » politiques de plus en plus déconnectés de nos réalités.

– Le premier texte est signé Sissi Baba: née après 1990, elle en appelle à l’autre et est dans une quête constructive, que le pays a échoué (jusqu’au déni) à élaborer. C’est un très beau témoignage de la part d’une personne de la jeune génération, très émouvant sur l’autre: l’autre est moi.

– Le second texte est signé Fifi Abou Dib: elle évoque, ce n’est pas la première fois dans sa rubrique hebdomadaire, les générations et ce « passage de témoin » de plus en plus douloureux à effectuer, s’ils (nos jeunes) reviennent. Reviendront-ils? Et le désirons-nous encore?…

 

L' »Autre », c’est moi – Sissi BABA (L’Orient-le Jour/Opinions, 08-04-2014)

Bientôt le Liban commémorera le 39e anniversaire de sa guerre civile. Trente-neuf ans déjà et personne n’a pu nous dire, à nous les jeunes, ce qui s’est vraiment passé. Toute famille a perdu au moins un de ses membres, mais personne ne sait pourquoi ni comment on a fait la guerre. Et comment savoir, alors que rien ne s’est ancré dans les livres d’histoire scolaires? Et voici des générations, allant des années 40 aux années 80, tellement choquées par les absurdités de la guerre qu’elles n’arrivent plus à s’exprimer à ce sujet. Quatre générations qui ont vécu soit enfance traumatisée, soit jeunesse accablée, soit vieillesse perturbée. Mais qu’en est-il pour la génération des années 90, la jeunesse d’aujourd’hui? Certains, voire un grand nombre de jeunes – hélas! – n’arrivent pas à voir le choc, la terreur et l’absurdité de cette guerre dans les yeux de leurs parents. Et d’une guerre civile entre chrétiens et musulmans, nous voilà dans une autre, entre sunnites et chiites, alors que les cicatrices de la guerre civile n’ont même pas arrêté de saigner.
Aujourd’hui, quand pères et mères dorment tranquilles en rêvant – s’ils ont toujours la capacité de rêver… – d’un Liban meilleur pour leurs enfants, ces derniers, qu’ils soient éduqués ou pas, pensent à ce qui leur est de plus honorable, leur confession. On n’a pas vécu la guerre, on la reproduira volontiers et avec plaisir rien que pour sauver son honneur et sa religion! Je pensais que l’esprit bien formé, ces jeunes, tous éduqués, étaient de loin plus nombreux que ces quelques petits snipers qui se battent à Tripoli et partout ailleurs au Liban. Je pensais que les milieux académiques pesaient plus que ceux qui sont populaires. Je me suis trompée. Les jeunes d’aujourd’hui, issus d’écoles et d’universités, s’attachent plus que jamais à leur confession et ont toujours peur de cet « Autre ». Tout le monde a peur de tout le monde. Avant la guerre civile, tout le monde s’aimait et vivait harmonieusement car l’on se connaissait. On n’ignorait pas la religion de l’autre et, par conséquent, on se sentait concitoyens, voire frères. Aujourd’hui, on est devenu ignorant : au lieu de parler à l’autre, on l’écarte pour que le fossé devienne plus large, plus profond. Et on remplit ce fossé de rumeurs et de propos haineux jusqu’à ce que cet autre devienne l’Autre, l’ennemi. Les cicatrices de la guerre civile ne sont toujours pas soignées et le centre-ville en est le grand exemple : une belle vitrine bien restaurée, mais froide et vide à l’intérieur. Vide de culture et de musées. Vide d’amour et d’un doux feu de foyer qui rassemblait tout le monde autour d’un café. Les chrétiens et les musulmans d’aujourd’hui ne se battent pas, mais ne s’aiment pas non plus. Ils ne sont plus ce peuple vraiment uni d’avant-guerre. Le schisme continue, et les mots de «gharbiyé» et «char2iyé» persistent encore dans leurs propos. Et voilà en plus les musulmans qui se détestent à travers leurs discours dans les établissements académiques quand ils ne s’entre-tuent pas avec des balles dans les ruelles d’une ville où un immeuble en reçoit encore et toujours, à côté des obus de la guerre de 1975-1990 qui ont criblé ses murs. Comment a-t-on pu oublier aussi facilement les cicatrices d’antan pour en refaire d’autres aujourd’hui? Non, il ne faut pas oublier. Surtout ne pas oublier! Au contraire, il faut montrer du doigt la monstruosité de la guerre pour ne plus y revenir. Il faut la conserver dans un musée et dans un livre d’histoire et non pas la dissimuler.
Le Liban commémore le 39e anniversaire de sa guerre civile alors qu’il cache toujours la mémoire et l’embellit.
Que les jeunes continuent de se battre dans tous les milieux car leur cause, leur confession, est pour eux beaucoup plus importante que la vie, voire la survie de notre petite mais grande patrie. Que les jeunes continuent de crier au nom de leurs chefs maudits et au nom de leur honneur suprême qu’est à leurs yeux leur confession. Un jour, ils se réveilleront et les rides de la guerre auront marqué leur visage noir de vieil adulte qui a gâché sa vie.
Mais moi, je ne veux pas grandir et je ne veux pas que ce pays m’oblige de vivre un automne éternel, un automne qui n’entraîne même pas un vrai printemps imminent. J’espère que les nouvelles générations me rejoindront en chantant le Peace and Love, en refusant le clan et le confessionnalisme pour rejoindre la citoyenneté et la laïcité. Car «l’Autre», c’est moi. Car mon seul outil et ma seule arme, c’est ce petit mot, là, devant vous…

  

Adolescences – FIfi ABOU DIB (L’Orient-le Jour/ Impression, 10-04-2014)

Dimanche, cela fera trente-neuf ans. On ne dit plus « déjà ». Le souvenir des grandes tragédies n’a qu’une date : hier. Quel âge avaient tes parents ? Huit, dix, quinze ans ? Quelle a pu être leur adolescence durant les longues années de terreur qui ont suivi ce jour fatidique ? Que sais-tu d’ailleurs, de ces années-là ? Qu’en saurais-tu, personne n’en parle. Dans ton livre d’histoire, l’histoire s’arrête au seuil de la guerre civile. C’est logique, après tout. Si le but est de vous enseigner l’histoire de votre pays, quel intérêt y aurait-il à vous raconter un non-pays ? Mais on a tort d’entretenir ce silence, ce misérable secret de famille. Car en vérité, toi, l’enfant du troisième millénaire, toi qui n’as pas toujours été épargné par les répliques de ce grand chaos, tu devrais savoir d’où tu viens.

Bien sûr, on t’a montré des photos. Pas beaucoup. On ne prenait pas beaucoup de photos en ce temps-là ; et puis il a fallu déménager, errer, émigrer, les albums se perdaient. Il y a bien ce fameux cliché de ton père, frimant avec un kalachnikov déjà antédiluvien pour l’époque. Et ça, c’est la chambre à coucher de tes grands-parents, fracassée par un obus de mortier, et toute la mythologie familiale qui va avec : ton grand-père qui faisait la sieste sur ce même lit s’était levé à moins une pour prendre un café. Il l’a échappé belle. Jamais photo plus horrible n’aura suscité commentaires plus joyeux. Et là, c’est ta mère, à la plage, plissant les yeux sous le soleil, corps de déesse, cheveux au vent. On allait donc à la plage ? Oui, à la première « accalmie ». C’était fou, mais on était fous. On était comme des animaux en cage. Quand on sortait enfin, on découvrait une ville à chaque fois un peu plus défigurée. Il y avait des embouteillages terrifiants. Tout le monde voulait prendre l’air en même temps. Les routes étaient labourées, bordées de carcasses de véhicules, parfois même de cadavres. Les régions sûres étaient de plus en plus réduites. On se sentait de plus en plus à l’étroit. On fumait des trucs, on buvait des choses, on subsistait de substances. Il fallait tenir la peur à distance. La guerre avait une odeur, surtout l’été. L’odeur de pourriture des réfrigérateurs. L’odeur de cave et de renfermé. L’odeur de suif des mauvaises bougies qui éclairaient ces nuits sous les bombes où l’on attrapait des fous rires pour un rien. L’odeur du soufre quand l’explosion avait lieu au coin de la rue, l’odeur de désinfectant qui remplaçait l’eau quasi inexistante. Cela faisait bizarre d’imaginer qu’ailleurs, partout ailleurs, la vie se poursuivait normalement, banalement, alors qu’au Liban se déroulaient en temps réel les derniers jours de l’humanité.

Dans cette atmosphère de fin du monde, tu n’étais même pas un projet. Enfant de rescapés, forcément, ta présence aujourd’hui est en soi un miracle. À ce titre, on t’adule, on te gâte, on te protège, on te surprotège, on t’étouffe. Tu ignores tout de cette guerre-là, mais elle court dans tes veines, dans tes gènes. C’est à cause d’elle que ton portable sonne plus que de raison (encore ta mère), à cause d’elle que ta vie est hérissée d’angoisse. À cause d’elle que tu vas bientôt partir. Mais reviendras-tu…

 _________

En forme de conclusion, j’aime citer cette très riche peinture du Liban et de sa « possible réalité » signée Dominique Eddé :

« A vrai dire le Liban n’a jamais existé, à mes yeux, qu’à l’état d’obsédante ambition. Il est en quelque sorte la formidable évocation de ce qu’il aurait pu être et c’est en cela qu’il est indestructible. Un pays en puissance acculé à provoquer le sort pour survivre à ses leurres, mais aussi le symptôme de quelque chose qui nous dépasse et de très loin… Plus comparable à un individu qu’à un Etat, il incarne, en vérité, la subjectivité absolue d’un côté et la faillite universelle de l’autre. Mobile à l’excès, doué d’une étonnante capacité d’absorption et d’adaptation, flexible jusque dans ses frontières, il est en un sens le plus « influençable » et donc le plus « humain » des pays qui me viennent à l’esprit. L’expression de ses névroses l’emporte si manifestement sur celle de son identité qu’on pourrait « presque » le concevoir étendu sur le divan d’un psychanalyste! » (Lettre Posthume, pp. 115-116).

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Vivre au Liban, le coeur léger… (Souha Tarraf)

J’envie le ton, parfois léger, d’autres blogs: évidemment ils sont rarement libanais!!! Chez les Libanais, l’humour est souvent grinçant, nostalgique, amer (Heuristiques ou Lettres du Liban ou encore Les carnets du Beyrouthin sont les premiers exemples qui me viennent à l’esprit).

Etre Libanais ou plutôt: vivre au Liban et marcher le coeur léger… autour de moi, dans les journaux, dans les radios il est difficile d’accoler ces mots malgré la réputation des étés libanais!!! – du moins depuis quelques années… depuis quand?

J’essaie de me souvenir: je suis venue vivre dans ce pays au milieu des années 1990, en pleine période de « reconstruction » de l’après-guerre. La reconstruction : on en parlait au quotidien, nous la vivions puisque nous faisions partie de la génération des « reconstructeurs ». Nous avions vraiment l’impression de participer à remettre le pays sur ses pieds, malgré les difficultés de chaque jour… Le centre de  Beyrouth en chantier, les grands travaux d’infrastructures avec la fameuse polémique : le béton avant l’homme ou bien l’homme avant le béton? Et puis l’électricité faiblement distribuée, le réseau téléphonique en cours de modernisation sans oublier toute l’infrastructure du pays, à refaire. Et surtout  Israël qui ne lâchait pas le morceau, une attaque militaire meurtrière en 1993 puis à nouveau 1996, opération « les raisins de la colère » avec en prime le blocus de Saida, des bombardements et des destructions (le massacre de Qana où ont péri des militaires de la Finul dans un camp censé les protéger, eux et les dizaines de femmes et enfants réfugiés)…

Après cette guerre il y a eu une période assez « légère », les festivals et spectacles redémarraient partout même au sud du pays, les projets de modernisation et de reconstruction tous azimuts redoublaient, le Liban revivait…

Au retrait définitif de l’armée israélienne du sud, en mai 2000, le pays était en liesse.

Grâce à la résistance, à sa résistance, le tout petit Liban s’est cru pendant un moment INVINCIBLE. Rendez-vous compte: « nous » avions vaincu la plus grande armée de la région, la plus meurtrière, la plus inhumaine, la plus, la plus… Nous avons vécu sur un petit nuage, la guerre est finie, nous sommes tous des résistants, nous allons faire de ce pays un miracle, les gens sortaient enfin de leurs « bases » géographiques et visitaient, découvraient leur (minuscule) pays, leurs concitoyens d’autres régions, villes, confessions.

Nous commencions à nous prendre pour une vraie nation!

Et puis je ne saurais dire ce qui s’est passé, comment (ou plutôt, pourquoi) à nouveau, nous avons replongé. D’abord progressivement et ensuite de la plus brutale des façons, un 14 février 2005, le jour dit des amoureux.

En guise de témoignage de cette sorte d’incapacité à être heureux, du moins léger au Liban – par la force d’événements dramatiques qui organisent notre quotidien depuis ce funeste 14 février 2005 – , je transcrits ici cette note écrite un certain 19 octobre 2012.

19 octobre 2012 : comme en février 2005

Je n’ai pas voulu croire l’information lorsque le nom de Wissam al Hassan commençait à être répété dans toutes les radios et télés, un peu avant 19 h ce soir-là. Comme un retour au 14 février 2005: c’était la première image qui m’a traversée l’esprit, le cratère de l’explosion, les voitures brûlant encore sur les écrans, les cris des civils, les sirènes des secouristes… et surtout, l’incrédulité.

Je n’ai pas voulu y croire, mesurant par réflexe l’importance de l’événement. Et puis après…comme en 2005, même si de manière beaucoup moins « chargée »:

– le pays (une partie du pays) qui se fige et par endroits exprime sa colère (routes barrées, pneus brûlés)

– des autorités officielles inaudibles, au sens propre comme au figuré

– des réactions toutes attendues, de la part des différents bords politiques. Avec pour couronnement, une tablée, pardon une assemblée du « 14 mars » au domicile de Hariri (Bayt al Wasat) rameutée, rappelée en renfort devant les caméras jusque dans ses visages les plus inconnus du commun des habitants pour « réclamer », « exiger », « refuser », etc. etc.

Rien que du déjà vu, déjà entendu.

La population  (le « peuple »)  est orpheline : non pas de chefs, de « responsables » mais d’un Etat unificateur, d’une véritable ligne de conduite collective. De ce qu’on appelle un projet national unificateur.

Nous nous retrouvons une fois de plus à une croisée de chemins.

Pays schizophrène, trop mal entouré, trop mal né… je suis fatiguée d’essayer de comprendre.

Nous sommes aujourd’hui le 10 avril 2013 : les journaux rapportent une nouvelle très grave (au milieu des chamailleries habituelles des hommes politiques pour le partage des portefeuilles du prochain gouvernement Salam). Jabaat Al Nosra a envoyé une lettre de menaces au Hezbollah, dans un quartier de Dahiyé, banlieue sud de Beyrouth.

Cette information est lourde si elle est confirmée: comment donc s’en aller marcher, d’un pas léger…?