SOS Liens Associations pour l’aide d’urgence aux réfugiés syriens au Liban

Vivre, survivre dans un “camp” par tous les temps dans l’est de la Béqaa (Liban).
Qu’on soit syrien, libanais ou palestinien ou estonien, on a tous le même sang qui se glace.

Les conditions de survie, inhumaines, indignes, indécentes perdurent depuis des années. Il ne fait pas bon être Syrien au Liban – et encore moins réfugié syrien et pauvre, survivre sous une tente par tous les temps, très froid en hiver (à en mourir), très chaud en été, parce que les organismes des plus faibles sont encore fragilisés.

Voici une petite liste de contacts sérieux, de confiance, pour qui voudrait envoyer de l’aide depuis le Liban ou de n’importe quel pays. Merci à tous, votre solidarité est précieuse.

1- https://www.justgiving.com/crowdfunding/lebanonbekaa?utm_source=facebook&utm_medium=socpledgedesktop&utm_content=lebanonbekaa&utm_campaign=post-pledge-desktop&utm_term=yQPVmd6Ez&fbclid=IwAR14gsADmruCxW72NbjaBTX-IuVxe6ZuxomuMrWeNPHKOSjqQSCY6UPJWY4

2- https://molhamteam.com/campaigns/130?fbclid=IwAR3gEKeNvXUg4TuSRFELqSHtgVL75Rn_dftB4FycVjR7_ZgG3yEjit0xtpg

3 – https://www.lepotcommun.fr/pot/d7tthd17

4 – Appel urgent : en raison de la rude situation météorologique actuelle (tempête de neige), la plupart des tentes dans la Béqaa sont inondées par les pluies et la neige. Plusieurs assos et Ong apportent leur aide urgente pour mettre les familles à l’abri et pourvoir en produits de première nécessité (couvertures, chaussures, repas, chauffage etc.).

Toute aide est bienvenue. Contact téléphone: 81 80 88 75 ou 76 76 62 35

نداء مشترك وعاجل:
نظرا لسوء حالة الطقس مع حلول العاصفة، غرقت معظم المخيمات في منطقة البقاع بمياه الامطار والثلوج ما اتت به من سيول. تقوم عدد من المنظمات والمبادرات الانسانية:
Sawa for Development and Aid – سوا للتنمية والإغاثة
بسمة وزيتونة – Basmeh & Zeitooneh
فريق ملهم التطوعي Molham Volunteering Team
House Of Peace – دار السلام
Women Now For Development
Basamat For Development in Lebanon
وفريق عيون سوريّة، وغيرها بتقديم مختلف أشكال الدعم للعائلات المتضررة. تقوم اعداد كبيرة من العائلات بالانتقال إلى مراكز إيواء يتم تحضيرها لاستقبالهم، وهناك حاجة كبيرة للمتطوعين ومواد التدفئة والحرامات. يقوم فريق دار السلام بتحضير وجبات غذائية في منطقة بر الياس في مقر جمعية بصمات لايصال الوجبات إلى مدرسة الحروف في بر الياس أو أي مركز آخر تدعو له الحاجة. للتواصل يرجى الاتصال على الرقم التالي: 81808875
أو 76766235

Dear all
The storm that has hit Lebanon a few days ago and ongoing has led to devastating conditions on Syrian refugee camps, esp. in the Bekaa Valley. The infrastructure didn’t help, the tents flooded and the roofs collapsed. People are literally under the rain and snow. We at SAWA for development and aid have opened all our centres and schools for them to stay in and are, and trying to support the kids and elderly especially. We urged and are urging all other centres, mosques and churches to do the same.

We will be needing your support to help those people… our brothers and sisters… under snow and rain… in very dire situation.

We need donations to distribute:
Blankets
Wood for heat
Fuel
Clothes
Mattresses
Carpets

And we need food!! People haven’t eaten for days and still days to come… we need at least 2000$ per day so that the families in our centres get one meal per day… this is the minimum but hundreds of thousands of families are left without food too.

Let’s share mercy amongst each other so that we all have mercy from above!

You can contact me or the office numbers below or donate online!

Online:
www.sdaid.org/donate

Phone:
+961 1 370 179
+961 70 888 407
Email:
comms@sdaid.org

Thanks, and May our hearts stay warm!

مرحبا جميعا
العاصفة يلي صرلا كم يوم ومكفّية ادّت لأضرار كبيرة بالمخيمات السورية بالبقاع وبمناطق تانية. الخييم طافت، والبنى التحتية ما أسعفت… والشوادر طارت وصارت الناس نايمة تحت الشتا والتلج… فريقنا بمنظمة سوا للتنمية والإغاثة عم يحاول يأسعف الناس… خاصة الكبار والأطفال… فتحنا مراكزنا كلها للايواء وعملنا نداء ل كل الجمعيات تعمل نفس الشي…

رح نكون بحاجة دعمكن مشان نقدر نساعد هالناس … اخواتنا… يلي تحت التلج والشتي… ويلي وضعا عنجد بيقطع القلب…

نحنا بحاجة لتبرعات مادية وعينية لنقدر نوزع:
حرامات
بطانيات
خشب للتدفئة
مازوت
تياب
فرشات
سجاد

وبحاجة اكل! بمراكزنا لازم نوزع اكل على هالعوائل بشكل يومي… تقريبا ٢٠٠٠ دولار يوميا كحد ادنى وجبة وحدة مشان يقدرو يكفو يومهن… واكيد في حاجة اكتر من هيك بكتير… وفي ناس برّات المراكز كمان بحاجة غِذا…

خلونا نرحم بعض ع هي الأرض،… ارحموا من في الأرض يرحمكم من في السماء

للتبرع تواصلو معي بشكل مباشر او عأرقام الجمعية او فيكن تتبرعوا اونلاين من خلال الموقع.

لمن يرغب بالتبرع، يمكنكم التبرع على الرابط التالي:
www.sdaid.org/donate
.
أو يمكنكم التواصل معنا على:
الهاتف:
+961 1 370 179
+961 70 888 407
البريد الإبكتروني: comms@sdaid.org

شكرا، وانشالله قلوبنا بتبقى دافية!

 

  • Les photos et la vidéo sont prises des pages Facebook et Twitter de différents contacts, elles sont faites par des résidents et/ou des associatifs.

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Manifeste involontaire – Sonia Jimenez Tirado

Miracle des écrans, je suis tombée sur ce texte il y a quelques jours. Il dit en quelques strophes magistrales, humaines, si humaines, la condition universelle des réfugiés. Il traduit la réalité d’être réfugié mieux que de longues explications administratives, académiques, journalistiques ou tout ce que vous voudrez. Il est poétique et dit l’âpreté de la vie. Il est écrit en espagnol par une auteure que je découvre, Sonia Jiménez Tirado; sa plume est très belle, pleine de vie. Elle a notamment publié un recueil de poésie, « Vertices » (Sommets). Je propose ici ma traduction de son Manifeste Involontaire, avec le texte d’origine en espagnol en-dessous.

Si lorsque je vieillirai on me demande comment j’ai vécu

je ne pourrai répondre avec certitude

mais aujourd’hui qu’il me reste encore des mots

j’aimerai dire…

… que j’ai tiré les voiles de la vie et dévêtue à tâtons

j’ai marché à pas-poids d’éléphant.

Que je n’ai pas eu plus peur que la peur de ne pas savoir quoi dire

lorsque la vie m’a surprise.

 

Je leur dirai que j’ai fait mille fois naufrage dans la même île

jusqu’à fraterniser avec le rivage,

avec la mer,

… avec le sel.

 

Si on me le demande, j’aimerai dire que j’ai dompté

toutes les bêtes sauvages, sauf les miennes,

que j’ai senti leurs griffes se briser à l’intérieur de mes entrailles

jusqu’à me transformer en chair à pâté.

 

Je voudrai dire que j’ai fait des fleurs de papier lorsque j’avais le temps,

à la main, comme on fait des caresses,

lentement, sans aucune hâte.

Sans technique comme l’éternel apprenti de rien.

 

Si lorsque viendra le moment où j’aurai du temps

ils voudront entendre que j’ai passé mes jours à vouloir et ne pas vouloir,

que j’ai laissé s’envoler des oiseaux entre mes côtes pour apprendre à voler

sans tenter plus que le saut dans le vide.

 

Je dirai que je me suis offensée sans raison lorsque je n’ai pas su me défendre

et que je me suis protégée dans un faux orgueil de lionne solitaire

lorsque personne n’a caressé ma crinière.

Ils sauront que la vie m’a blessée les nuits de pleine lune.

 

S’ils me demandent, je leur raconterai que je tonds le gazon le lundi

toujours après le café,

afin que la solitude sente l’herbe fraîchement coupée.

Et que je cherche l’ennivrement du parfum de l’aube.

 

Je leur ferai savoir que personne n’apprend à vivre en horde

car je reste louve,

druide,

alchimiste de mon propre égo.

 

J’essayerai de décrire ce que signifie être un roc.

Je leur dirai comment survivre à la tempête

lorsque le sable atteint les yeux, et que le sel assèche la bouche.

 

Je confesserai que j’ai jeté l’ancre près de son rivage

pour qu’à l’aube il me sauve la vie

et que cependant nous vivons loin

dans une absurde distance maudite.

 

Ils sauront que je fus un cadavre bien avant de mourir

qu’ils m’ont sculpté le corps dans le marbre

et m’ont fait une âme en carton

Ils sauront que j’ai survécu au feu.

 

Lorsque viendra mon heure, j’assumerai que je ne fus qu’épine

eau-sel pour mes blessures.

Lorsque viendra mon heure j’accepterai l’imprudence

d’avoir vécu dans la démesure.

 

Enfin, je dirai que j’ai prié un Dieu qui m’a ignorée

que j’ai cru en un (ciel) bleu comme unique sauveur

et que j’ai essayé le miel

lorsque la parole suturait mes blessures.

 

Si lorsque mon heure viendra on me demande comment j’ai vécu

aucune frontière ne me fera taire.

 

Texte Original :

Si cuando envejezca me preguntan cómo viví

con certeza no sabré contestar pero hoy que aún me quedan palabras

me gustaría decir….

 

… que descorrí los velos a la vida y desnuda a tientas me caminó con pasos-pesos de elefante.

Que no tuve miedo más que al miedo de no saber qué decir cuando la vida me sorprendía.

Le diré que naufragué mil veces en la misma isla

hasta hermanarme con la orilla, con el mar,

… con la sal.

Si me preguntan, me gustaría decir que amansé fieras

todas, menos las mías,

que sentí sus zarpas rompiendo desde adentro mis entrañas

hasta convertirme en una carnicería.

 

Querría decir que hice flores de papel cuando el tiempo escaseaba,

a mano, como se hacen las caricias,

despacio, desconociendo la prisa.

Sin técnica como el eterno aprendiz de nada.

 

Si cuando llegue el momento aún me queda tiempo

tendrán que oír que llené mis días de despropósitos a propósito,

que dejé volar pájaros entre mis costillas para aprender el vuelo

sin más ensayos que el salto al vacío.

Diré que me ofendí sin motivos cuando no supe defenderme

y que me escudé en una falsa soberbia de león solitario

cuando nadie acariciaba mi melena.

Sabrán que la vida me hería en las noches de luna llena.

 

Si me preguntan, contaré que cortaba el césped el lunes

siempre después del café,

para que la soledad oliera a hierba recién cortada.

También que buscaba la embriaguez del licor en la madrugada.

 

Les haré saber que nunca aprendí a vivir en manada

pues he sidoloba,

druida,

alquimista de mi propio ego.

 

Intentaré describir qué significa ser roca.

Les diré cómo sobrevivir a la ventisca

cuando la arena alcance los ojos y la sed, seque la boca.

Confesaré que solté el ancla cerca de su orilla

para que al amanecer me salvara la vida

y que sin embargo nos vivimos de lejos

en una absurda distancia maldita.

Sabrán que fui cadáver mucho antes de morir

que me tallaron en mármol el cuerpo

y me pusieron alma de cartón.

Sabrán que sobreviví al fuego.

 

Cuando sea mi hora, asumiré que sólo fue espina

agua-sal para mis heridas.

Cuando sea mi hora aceptaré la imprudencia

de haber vivido sin medidas la vida.

Por último, diré que recé a un Dios que me desconocía

que creí en el azul como única salvación

y que probé la miel cuando la palabra suturaba mis heridas.

Si cuando me llegue la hora me preguntan cómo viví

no habrá frontera que me tape la boca.

Manifiesto involuntario ©Sonia Jiménez Tirado 2016

Le diable est dans les détails – Tarek WHEIBI

Ce texte est la traduction personnelle – aidée par ma fille 🙂 – de l’original, en anglais, publié par Tarek Wheibi il y a quelques jours sur son blog (The T time) et republié ici, cf  l’avant-dernier post (The devil is in the details).

Il est de ces textes emblématiques de situations humaines universelles: Bilal « l’aveugle » et père d’Ahmad (un enfant de 4 ans mort en Syrie) est aujourd’hui un de ces « réfugiés syriens au Liban ». Ils sont plus d’un million, soit le quart de la population libanaise selon les chiffres des bureaux de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR). Il leur donne un visage… il regrette de ne pas être mort près de son fils.

Merci Tarek Wheibi pour ce témoignage qui rassure en ces temps si sombres et violents : les jeunes civils dévoués à l’humain, pas seulement à l’humanitaire comme profession, sont bien là. Ils font la plus grande des résistances, ils savent discerner les informations importantes du reste – des détails. Mais il y a détails et détails…ap13012402095

_____________________

« 106 personnes ont été tuées aujourd’hui en Syrie, et plus de 300 blessées ».

Le type de communiqué de nous lisons chaque jour, relayé par une agence de presse quelque part sur Facebook ou Twitter. Les chiffres peuvent varier mais les faits restent les mêmes, alors nous secouons la tête avec pitié (quelquefois) et puis nous faisons défiler l’écran plus bas, vers des choses plus intéressantes comme Suarez qui mordrait les gens à la coupe du monde, les selfies ou encore Myriam Klink.

Mais derrrière ces chiffres il y a des gens, ou bien ce que le monde considère aujourd’hui comme « des détails ».

Ahmad est l’un de ces détails.

Je n’ai jamais pu rencontrer Ahmad. Je n’ai pas pu le rencontrer parce qu’Ahmad est un enfant de 4 ans qui a été tué en Syrie lorsqu’une roquette s’est abattue sur sa maison. J’ai rencontré Bilal son père, Hasna’ sa mère, Mohammad son frère de 3 ans et Alia sa soeur qui vient de naître, qu’il ne pourra jamais connaître. La famille d’Ahmad est à présent une famille réfugiée au Liban; ils ont fui leur village à la suite du massacre qui leur a arraché l’un des leurs. Le père Bilal a 29 ans, il est aveugle et marche avec l’aide d’une canne qu’il ne peut tenir que du milieu, parce qu’elle est cassée en trois endroits. Mon travail avec l’UNHCR exige que je m’informe sur les souvenirs des demandeurs d’asile et qu’ils me racontent leurs histoires horribles afin que je puisse évaluer leurs besoins en tant que réfugiés.

Hasna’ la mère était assise en silence, elle me fixait et pourtant quelque chose me faisait sentir que pour elle j’étais invisible. Les enfants étaient inquiets, agités et pleuraient tout le temps. Mais c’est Bilal qui m’a touché en mon âme et a rendu mon coeur silencieux. Avez-vous déjà vu un homme adulte, aveugle, résistant de toutes les forces de son corps pour ne pas pleurer devant sa famille? Il n’arrivait plus à supporter les gémissements de son fils, son corps tout entier tremblait lorsqu’il a mis sa main sur son visage et l’a griffé. J’ai poliment demandé à sa femme d’attendre dehors avec les enfants pour que je puisse parler seul à son mari.

Le sanglot que Bilal a laissé échapper alors que je fermais la porte… mes jambes ont eu du mal à me supporter. Je l’ai regardé s’effondrer, usé et détruit par un combat auquel il n’avait jamais participé. J’étais assis en silence sur ma chaise. Le fait que cet homme soit aveugle était mon unique triste soulagement; il ne pouvait voir ma tête alors que je luttais silencieusement contre les larmes, pour qu’elles ne sortent pas de mes yeux. Au bout quelques minutes qui ont paru des heures, il a commencé à parler. De triste et injuste, ce qu’il m’a dit est devenu épouvantable.

Comme la plupart des réfugiés syriens au Liban, Bilal vit avec sa famille dans une zone rurale pauvre, dans des conditions de vie primaires insupportables au 21ème siècle, entouré par une communauté locale qui souffrait déjà de la pauvreté, de la surpopulation et du manque d’éducation; et ce n’est pas étonnant, une communauté qui a su trouver plusieurs façons de profiter des réfugiés syriens.

Bilal est bien connu dans la rue où il réside (un homme aveugle avec une canne cassée et deux enfants ne passe pas vraiment inaperçu), il sert d’amusement à ses voisins « si bien rangés ». On l’appelle l’aveugle. Il redoute les secondes par lesquelles il doit sortir de chez lui et marcher dans la rue, où sa femme est nsultée. Les enfants du voisinage le provoquent jusqu’à ce qu’il fasse la seule chose qui lui est possible de faire, devenir fou, hurler et jurer cependant qu’ils se moquent de sa réaction.

Bilal a été volé au moins 5 fois.

L’une des fois dont il n’arrive pas à se remettre est celle où il emmenait son bébé Alia à la clinique locale pour un examen médical de routine. Un homme s’est approché de lui et lui a arraché son portefeuille de la poche avant de sa chemise; « s’il vous plaît, je dois prendre ma fille chez le médecin, j’ai besoin d’argent pour payer le transport »… « Tu peux marcher » lui a répondu le voleur. Bilal est devenu fou et a commencé à jurer. Il a alors été battu devant sa femme et ses enfants par un homme qu’il ne pouvait voir.

Bilal s’est arrêté quelques secondes après m’avoir raconté cela…

« Je veux tuer ma femme et mes enfants et me tuer ensuite… J’aurai aimé que nous soyons morts en Syrie avec Ahmad ».

Vous savez le pire? C’est que je le comprends.

Alexa et Facebook, la divine alliance! (Souha TARRAF)

 Un renouveau citoyen possible, nouvelle illusion ou réalité?

Dessin Tony Danayan (2013)
Dessin Tony Danayan (2013)

Le diagnostic de ce grand malade qu’est le Liban est archi connu, il y a en vrac la désintégration en cours de l’Etat, la faillite de la classe politique, la faillite des partis et organisations politiques, syndicales, estudiantines et tous les ‘corps intermédiaires’ (parce qu’affiliés et donc dépendants des partis-confessions établis).

Et le plus inquiétant et désespérant dans cette interminable descente aux enfers est la désintégration de ce qui fait société, de la société civile dans ce pays.

A ce diagnostic socio-politique relevé par beaucoup d’observateurs, il faudrait ajouter la situation sécuritaire et économique. La synthèse, sombre, est ‘offerte’ dans le dernier rapport de l’année 2013 de la LCPS, cet observatoire de premier plan sur le Liban: Lebanon: More Instability on the Horizon!

Comment trouver un peu d’espoir, où se situent les énergies citoyennes positives au Liban aujourd’hui?

Des  individus isolés et pleins de bonne volonté aux nombreuses ONG locales (par exemple celle-ci  sur les minorités) et à divers types d’actions citoyennes créés souvent via Facebook: Sawa4Syria, Lebanese4Syrian entre autres actions… Toutes ces initiatives sont-elles suffisamment significatives, socialement, de ‘quelque chose’? Peuvent-elles suffire ou, plus sûrement, peuvent-elles contribuer à ‘redémarrer’, relancer une société civile autonome, hors de portée d’un mode de fonctionnement devenu mafieux, de communautés-confessions interdépendants des partis politiques?

Avons-nous le droit aujourd’hui d’exister en tant que citoyens unis en force collective en dehors des carcans 8 ou 14 mars et non pas seulement en tant qu’individus éparpillés, dispersés, peu ‘efficaces’?

Au-delà de tentatives isolées d’expression citoyenne, individuelles ou collectives, au-delà de ces expressions inoffensives (qu’elles le soient par l’écriture, par une action civique/citoyenne et/ou par une prise de parole et de position publique) de faible ampleur et non connectées entre elles, rien ne semble fonctionner, rien ne ‘prend’ vraiment dans un corps social libanais démembré, qui ne fait plus sens.

Jusqu’à la question qui fâche: qu’est-ce qu’être Libanais, aujourd’hui? La messe est-elle définitivement dite, peut-on affirmer qu’il n’y a plus de terreau social au Liban?

Le politologue Karam Karam avait conclu de manière réaliste, au tournant des années 2000, à une impasse pour ce qui est de l’action citoyenne des ONG et autres mouvements civils libanais, quasiment tous ‘récupérés’ (pour dire vite) à un moment donné de leur parcours par le mode de fonctionnement classique, confessionnel, des partis et des hommes politiques libanais. On l’a vu récemment, par exemple, lors des tentatives d’expression publique de refus du système confessionnel, dans la rue : elles ont été combattues sans avoir eu le temps d’éclore! Seul le mouvement des enseignants pour un réajustement de l’échelle de leurs salaires a eu quelque impact, une certaine ‘compréhension’ au niveau de l’opinion, sûrement grâce à des leaders charismatiques et tenaces (Naameh Mahfouz et Hana Gharib).

Aujourd’hui donc les observateurs expriment leur pessimisme devant l’incapacité du pays à se ‘relancer’ – je reste prudemment dans les généralités: comment une société se relance-t-elle donc? Quelles sont les forces qui font qu’un pays va de l’avant? Et à l’inverse, qu’est-ce qui fait qu’un pays…coule? En langage policé, on parle de pays failli (failed state).

Quel est le rôle d’une classe politique dans un tel cadre?

Deux possibilités, sans autre alternative: soit aider le bateau à couler ou bien effectuer des actions collectives de sauvetage.

Tous les jours, l’actualité nous montre que la réponse se trouve dans la catégorie ‘aider le bateau à couler’! Comme si, par miracle, un canot de sauvetage arrivera à sauver de la noyade générale ces/des politiciens et groupes politiques. Selon M. Young, dans le dossier cité de la LCPS, les parties voudront toujours, en dernier ressort, empêcher le chaos final… Quelle réjouissante attente pour les civils: vivre toujours au bord du vide, ‘close enough to the abyss‘! Traduit concrètement, imagine-t-on ce que cela signifie dans les familles, pour les jeunes, les personnes actives, les investisseurs potientiels?

De quel bord êtes-vous? Qui êtes-vous? Qui représentez-vous politiquement? 8 ou 14 mars? En dehors d’eux, point de salut…

Ces questions-là ne sont pas de l’ordre du théorique: ce sont les questions auquel tout individu ou groupe d’individus est/sont soumis dès lors qu’il(s) tente(nt) quelque action (d’envergure) publique. Et si la réponse n’est pas claire: je suis du groupe-8 mars, je suis du groupe-14 mars, je représente telle ou telle communauté, je suis plutôt proche de tel ou tel député… si vous n’êtes pas clair(s), vous n’existez pas.

Si vous êtes ‘ni…ni…’, ni 8 mars, ni 14 mars sachez bien que vous n’êtes rien aujourd’hui au Liban. Vous n’êtes pas comptabilisés en tant que ‘vrais Libanais’ parce que vous refusez de rentrer dans un moule, ‘Libanais 14’ ou ‘Libanais 8’: un point, c’est tout.

Ni Orient ni Occident, ni sunnite ni chiite, ni 8 ni 14 mars: le Liban n’existerait donc que par des négations de lui-même!

Ne pourra-t-il pas, un jour, exister par la conjonction de lui-même, par une conjonction additionnée et non pas répulsive de toutes les diversités/richesses qui le composent?

 Une lumière, des lumières pour faire chaud aux coeurs et aux corps…

Dans un contexte si désespérant pointe un espoir, qui est en train d’apparaître ces jours-ci par la conjonction ‘divine’ de la tempête Alexa et de Facebook (ce Big Brother qui, je l’avoue, m’a si longtemps fait peur)!

Depuis l’impasse du début des années 2000 (K. Karam), peut-on repérer des changements de fond à travers le développement de l’utilisation d’internet – grâce à une connexion techniquement moins médiocre et au développement des smartphones, tablettes et autres supports mobiles? En quoi les réseaux sociaux, Facebook essentiellement, avec Twitter, Skype, Viber et Whatsapp ont-ils contribué à des changements dans les modes de mobilisation citoyenne?

Autrement dit : y a -t- il eu des évolutions de fond dans les modes d’action civile ces dernières années pour que l’on puisse se mettre à croire à une nouvelle génération de ‘militants civils’?

Cette question signifie aussi: n’y a-t-il pas des possibilités/dangers que ce type d’actions soient récupérées, dénaturées et pour finir bloquées (classiquement) par les structures politico-confessionnelles en place? Ou bien, il faut croire et espérer que celles-ci sont dans un tel état de délabrement – moral en premier lieu –  qu’elles seraient, cette fois, incapables de nuisances réelles malgré le resserrement de la censure ? Voir aussi cet article au sujet de la censure.

Autant de questions que je me pose et que je soumets aux lecteurs, tout en développant mes idées, impressions et intuitions de manière très peu académique. Mon but est de communiquer avec les premiers concernés, les gens qui se trouvent sur le terrain, non protégés des aléas climatiques ‘divins’ et autres aléas absolument pas divins (voitures piégées, bombardements aériens aux frontières, etc.).

Energies citoyennes… voire plus si affinités?

II reste donc à relever toutes ces initiatives citoyennes, ces ‘énergies locales’ nées de rien, juste de la volonté de quelques-uns, quelques-unes, d’aider l’autre. Et quel autre en ce début d’ hiver rude! ‘Le Syrien’, si détesté et craint durant les années de plomb (1976-2005) est devenu l’autre qui échoue dans des tentes et autres logements misérables, fuyant la guerre, derrière la frontière.

En quelques jours, grâce à l’arrivée de la tempête Alexa et à Facebook, Tania Khalil, Carol Malouf, Bélinda Ibrahim, Gino Raidy et bien d’autres civils libanais anonymes sont devenus des héros, des moteurs humains de l’aide d’urgence auprès des milliers de réfugiés syriens à Arsal et ma-baad, baad Arsal (bien au-delà de Arsal) – voir ce reportage dans le camp de Katermaya.

En quelques jours un soulèvement (humain) s’est produit, ces actions civiles citoyennes ont éclos comme des graines tardives mais enfin germées, graines d’une civilité qui semblait perdue depuis 2005 et dans une actualité rythmée par les voitures piégées, les quartiers voisins s’entretuant (à Tripoli, à Saida, sur les hauteurs de Hermel, Laboué/Arsal), les politiciens vociférants. Et dans le silence contraint, lourd – définitivement soumis, croyais-je, des gens.

L’union ferait-elle, enfin, la force… civile? A quoi pourraient aboutir ces mouvements citoyens de solidarité? Ne seront-ils que des feux de paille qui s’éteindront d’eux-mêmes à l’approche du printemps? Comme si le printemps, au Liban, doit rester une saison triste: celle du début de la guerre (13 Avril 1975), celle de la plupart des opérations militaires israéliennes au Liban, celle… d’une saison assassinée (avec Samir Kassir, Georges Hawi et d’autres).

Et bien sûr, des esprits chagrins pourront dire que ce n’est pas la distribution de quelques couvertures, appareils de chauffage, bottes, médicaments et autres produits de première nécessité qui vont résoudre les problèmes de ces milliers de gens balancés sur les routes de l’exode, s’abritant dans des logements de fortune et avec de moins en moins d’aide de l’UNHCR, malgré les promesses quasiment pas tenues des pays arabes « frères » (voir  informations dans cet article de L. Stephan, déjà cité). Ils pourront aussi dire qu’il existe tant et tant d’autres populations dans le besoin au Liban, les Palestiniens doublement déplacés, les Libanais revenus de Syrie

A l’approche des fêtes de Noël et de fin d’année, peut-on accepter d’être chacun dans nos abris douillets, si chauds, sans réagir devant les yeux des milliers d’enfants (et d’adultes) dans la rue, ceux qui essaient de vendre pour quelques miettes d’argent leurs pauvres fleurs fanées, leurs boîtes de biscuits, leurs paquets de kleenex…?

Chacun réagit en conscience: oui le Liban failli ne peut pas accueillir « toute la misère du monde », selon les mots d’un premier ministre français, J. Delors, exprimés autrefois dans un tout autre contexte.

Mais on ne peut plus, à l’heure d’Internet, de Facebook… et des Alexa passées et à venir, nous contenter d’un regard voilé par la pitié ponctué par un ‘ya haram!‘ (ô les pauvres!) … et continuer notre route. De toutes manières, nos routes sont en train de se croiser, que nous le voulions ou non: les grands (ir)responsables de ce monde le veulent, gaz et pétrole oblige.

Malgré ma grande réticence à rentrer dans ‘le jeu’ de Facebook, j’ai décidé d’ouvrir un compte au nom de ce blog, dans un but précis: que ce FB serve de support, ou mieux encore, d’Observatoire des initiatives citoyennes. J’invite donc les uns et les autres à bien vouloir ‘liker’, partager, s’inviter eux-mêmes sur cette page Chroniques Civiles.

Evidemment, je vais traduire rapidement ce post en anglais, pour qu’il soit plus accessible même si je suis si  clairement ‘old frenchy educated’!

Pour finir, je me permets de me citer, au cours d’un échange fructueux que j’ai eu avec un commentateur dans le Daily Star, pour expliquer mon positionnement:

‘It’s a really huge question that i’m always considering (and i guess i’m not the only one): how to continue to live in a country without a real state, a security, a quiet environment for the young (and old) people… In fact, how to live in a country always on the verge of war or « close enough to the abyss » (J. Mroue)? What could we do? Run away… where?! The lebanese passport is not a gift!!! And above all: this is our land, our ‘watan’. It’s our responsibility, us the civilians, so divided civilians, to make something for our children. And not let the (sectarian) abyss to take us all. A secular Lebanon is still possible…perhaps. If we, the civilians, want it: i’m not so sure that many people are really aware of this. Unfortunately.’

Cette lueur d’espoir que j’ai senti ces jours-ci se lever malgré tout, j’essaie de la faire grandir à ma façon, via ce blog et le Facebook Chroniques Civiles. Je me propose de suivre les actions des citoyens sur le terrain et d’en rendre compte, dans l’espoir que la lueur grandisse et devienne porteuse.